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Philippe Barré : Université de Montréal
Cette communication s’appuie sur l’étude de 27 organismes artistiques situés à Montréal. Initiée en 2022, cette enquête vise à identifier les stratégies d’expérimentation que mènent les artistes et les travailleuses et travailleurs culturels afin de faire face aux multiples enjeux qui touchent leurs milieux et fragilisent, voire menacent, leurs conditions d’activité. Trois types d’action ressortent des objectifs que poursuivent ces organismes: (1) des actions de partage et de mise en commun de ressources critiques et pour lesquelles il existe habituellement une forte compétition entre artistes mais aussi entre les organismes et entre les disciplines artistiques; (2) des expérimentations de formes nouvelles de gouvernance artistique et administrative; (3) des stratégies organisationnelles et expressives visant à recentrer le travail artistique sur les activités de création. Ces actions sont associées, par les personnes actives dans ces structures, à des registres particuliers de sens et d’évaluation relatifs aux contraintes institutionnelles dont leurs milieux dépendent étroitement. Ces structures témoignent en définitive d’une forte interstructuration entre les contre-espaces critiques qu’elles ouvrent et les contraintes institutionnelles dont elles cherchent à s’émanciper. Si leurs actions sont appelées à transformer le poids et la nature de ces contraintes, ces dernières déterminent aussi largement l’éventail des possibilités et des chances de succès de ces organismes.
Les collectifs d’artistes constituent des entités dont l’action participe de manière importante à la vitalité culturelle d’une société. Les compagnies de théâtre ou de danse, les groupes musicaux autoproduits, les centres d’artistes autogérés, les maisons d’édition dirigées par des écrivains, pour ne donner que ces exemples, forment une constellation abondante et dynamique de la production artistique, au Québec comme ailleurs.
Or, ces organisations, souvent de taille modeste et caractérisées par une orientation résolument artistique – une logique de la création –, s’avèrent vulnérables et souvent marginalisées dans l’univers de la consommation culturelle, où d’autres logiques – commerciales, managériales, etc. – leur font face. En effet, ces collectifs de production artistiques rencontrent plusieurs défis afin de pérenniser et de soutenir leurs activités de création, parmi lesquels les décalages entre les logiques gestionnaires et artistiques, les injonctions administratives des subventionnaires ou les enjeux de la diffusion devant public. Quelles sont les tensions et les stratégies d’adaptation qui animent actuellement ces organisations?
Au Québec, le financement de la production culturelle est assuré en grande proportion par les subventions publiques. Dans les dernières années, et peut-être d’autant plus dans la foulée du renouvellement de la Loi sur le statut professionnel des artistes, les requêtes adressées aux collectifs d’artistes par les organismes subventionnaires ont impulsé de nouvelles pratiques administratives et ont potentiellement conduit à plusieurs transformations dans la culture de ces organismes. Que dit la réalité du terrain? Qu’en est-il hors du Québec?
Considérant également que les travailleurs, artistes et autres, de ces organisations assument les contrecoups de la précarité, de la fluidité ou de la vulnérabilité de leurs structures d’intégration professionnelle, ce colloque souhaite également interroger les réelles conditions de travail dans les secteurs de la production culturelle et artistique, explorant du même souffle les conséquences de ces conditions sur la production elle-même.
Ces enjeux, loin de concerner une portion marginale de la production de richesse sociale, ont un impact sur le rayonnement de la culture, sur l’éducation culturelle en général et sur l’état du dialogue social, influencé et nourri par la création de toutes les disciplines.
Tout en interrogeant les spécificités locales des dynamiques culturelles québécoises et canadiennes actuelles, le colloque demeure ouvert aux communications d’ici et d’ailleurs qui abordent les enjeux plus généraux soulevés par les collectifs d’artistes à l’échelle internationale et dans la longue durée.
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