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Sirma Bilge
Dans la continuité de mes travaux antérieurs (voir par exemple ma contribution au numéro de Sociologie et Sociétés dirigé par Darchinian et Doytcheva, 2023), cette conférence explore les formes d’interpellation des universitaires racialisé·es au sein du régime de diversité propre à l’université néolibérale. J’adopte une approche fanonienne de l’interpellation raciale, qui se distingue de l’analyse universaliste d’Althusser et dialogue avec des travaux plus récents.
Parmi les questions soulevées figurent : Quels types de structures d’opportunités sont façonnées par l’institutionnalisation des champs de savoir minoritaires et par la montée des discours et des agendas en matière d’équité, diversité et inclusion (EDI) dans l’académie néolibérale ? Quels types de structures de sentiments et d’aspirations institutionnelles ces initiatives génèrent-elles ? Comment les universitaires racialisé·es négocient-ils/elles ces développements, envisagés à travers le prisme des interpellations raciales ?
J’accorde une attention particulière aux contours de la position intenable dans laquelle ces universitaires sont placé·es : à la fois sommé·es d’émuler les normes blanches et d’incarner une diversité inoffensive. Enfin, j’examinerai comment cette double contrainte conduit à des formes d’auto-cannibalisation, par lesquelles les universitaires racialisé·es internalisent et reproduisent les injonctions contradictoires de l’université néolibérale pour tenter d’y survivre.
Avec la montée du néolibéralisme et la prédominance de la logique marchande dans tous les domaines de la vie sociale, la promotion des valeurs de liberté et de pluralisme, mais aussi d’autonomie, de responsabilité et de justice sociale, s’opérationnalise de plus en plus à travers le langage de la diversité qui agrège progressivement de nouveaux thèmes tels que l’« inclusion » et l’« équité ». Malgré le caractère positif et consensuel des grammaires institutionnelles qui composent les initiatives étiquetées « équité, diversité et inclusion » (EDI), des travaux s’inscrivant dans le champ des approches critiques de la diversité apportent des éclairages permettant d’analyser les dimensions discursives, idéologiques et organisationnelles des politiques d’EDI comme étant constitutives de la gouvernementalité néolibérale des institutions publiques.
Ce champ d’investigation dynamique est d’ailleurs en développement dans la littérature anglophone, mais aussi de plus en plus dans les sphères transnationales et éducatives. Les références aux politiques d’EDI opèrent comme justification permettant une institutionnalisation pérenne ou, à tout le moins, durable d’un ordre social discriminatoire et dont la reproduction affecte les espaces institués de résistance, voire de remédiation. Il importe donc de comprendre comment les discours de la diversité permettent d’expliquer l’exercice quotidien des discriminations dans les sphères éducatives. Également, de quelles visions et représentations se nourrissent-ils? Quels sont les enjeux et les défis face à la mise en œuvre des politiques étiquetées EDI dans les institutions éducatives? Comment ces dispositifs s’intègrent-ils au langage et aux discours aspirationnels de l’égalité des chances? Quels en sont les écueils et les contradictions? Comment les individus et les groupes catégorisés comme « issus de la diversité » appréhendent-ils les dispositifs qui les visent?
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