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Marlène Larochelle : Université de Montréal
Afin de poursuivre légalement leur carrière au Québec, la majorité des personnes immigrantes détentrices d’un titre professionnel (PI) doivent compléter un programme universitaire « d’actualisation des compétences ». Ainsi, des universités québécoises (re)forment des milliers de travailleuses et travailleurs immigrants lorsque les ordres professionnels ne reconnaissent pas leurs compétences « étrangères ». Ces PI – redevenu·es étudiantes et étudiants – doivent négocier leur (re)professionnalisation alors même qu’iels se trouvent minorisé·es et déclassé·es socialement.
Cette communication propose un regard critique préliminaire des programmes d’actualisation des compétences offerts à l’Université de Montréal. L’analyse des observations menées en classe met en exergue la reproduction culturelle qu’imposent les pratiques enseignantes de même que la protection du territoire qui s’opère par le contrôle des frontières professionnelles. Elles laissent également entrevoir des stratégies de résistance qui soulignent la négociation dynamique et continue de la (re)professionnalisation. Au final, la formation offerte hiérarchise les savoirs professionnels acquis en marge des pratiques québécoises : cet épistémicide (Sousa, 2010) conduit à une stérilisation de l’identité professionnelle, mais surtout, force plusieurs PI à céder à la colonialité du pouvoir universitaire.
Avec la montée du néolibéralisme et la prédominance de la logique marchande dans tous les domaines de la vie sociale, la promotion des valeurs de liberté et de pluralisme, mais aussi d’autonomie, de responsabilité et de justice sociale, s’opérationnalise de plus en plus à travers le langage de la diversité qui agrège progressivement de nouveaux thèmes tels que l’« inclusion » et l’« équité ». Malgré le caractère positif et consensuel des grammaires institutionnelles qui composent les initiatives étiquetées « équité, diversité et inclusion » (EDI), des travaux s’inscrivant dans le champ des approches critiques de la diversité apportent des éclairages permettant d’analyser les dimensions discursives, idéologiques et organisationnelles des politiques d’EDI comme étant constitutives de la gouvernementalité néolibérale des institutions publiques.
Ce champ d’investigation dynamique est d’ailleurs en développement dans la littérature anglophone, mais aussi de plus en plus dans les sphères transnationales et éducatives. Les références aux politiques d’EDI opèrent comme justification permettant une institutionnalisation pérenne ou, à tout le moins, durable d’un ordre social discriminatoire et dont la reproduction affecte les espaces institués de résistance, voire de remédiation. Il importe donc de comprendre comment les discours de la diversité permettent d’expliquer l’exercice quotidien des discriminations dans les sphères éducatives. Également, de quelles visions et représentations se nourrissent-ils? Quels sont les enjeux et les défis face à la mise en œuvre des politiques étiquetées EDI dans les institutions éducatives? Comment ces dispositifs s’intègrent-ils au langage et aux discours aspirationnels de l’égalité des chances? Quels en sont les écueils et les contradictions? Comment les individus et les groupes catégorisés comme « issus de la diversité » appréhendent-ils les dispositifs qui les visent?
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