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Florent Pasquier : Sorbonne Université
Les humanités numériques, à la croisée des sciences humaines et des technologies, ont émergé dans un contexte de croissance technologique immodérée. Cette évolution, impulsée par la révolution numérique, a permis le déploiement d'outils et de méthodes innovants qui transforment la recherche et l'enseignement de façon transdisciplinaire. Au fil des années, les humanités numériques se sont diversifiées, englobant un large éventail de domaines d'application, allant de l'analyse textuelle à la visualisation de données. Cette explosion d'outils et de techniques soulève des questions sur l'efficacité des usages. Les chercheurs cherchent à optimiser leurs pratiques, en naviguant dans un paysage technologique complexe. Parallèlement, l'informatique évolue vers des concepts plus radicaux comme le transhumanisme, qui interroge les limites de l'humain à travers l'intégration de technologies avancées dans le corps et l'esprit. Cette dynamique suscite des interrogations comme celles de "golems cybernétiques", entités qui pourraient dépasser les capacités humaines. En réponse, des résistances émergent contre les artefacts technologiques, soulignant des préoccupations éthiques et sociétales. Enfin, les liens entre humanités numériques et spiritualité, à travers un prisme évoluant du transhumanisme à la technontologie, interrogent notre rapport à la transcendance et à l'humanité elle-même, naviguant vers un futur où technologie et humanité semblent s'entrelacer de manière inextricable.
Ce colloque réunit, dans une perspective transdisciplinaire, des spécialistes de sciences humaines et sociales impliqués dans l’évolution de l’intelligence humaine (IH) en contexte IA. Nous plaçons l’échange sous le signe des réalisations en recherche et en enseignement, dont les applications concrètes relient l’université, les collectivités et la société. Le développement de l’IH est loin de susciter le même intérêt et d’engager les mêmes ressources que l’IA, face à laquelle elle se place, sans s’y opposer nécessairement (Barad, Vitali-Roseti). L’IA est institutionnalisée, avec statut de discipline autonome, bénéficiant de ressources substantielles. En revanche, l’IH – aspect fondamental de l’humain – demeure un thème étudié de manière transversale depuis différents champs de savoir, sans bénéficier des avantages réservés à l’IA (Detterman). Nous nous proposons de comprendre cet état de choses en partant du concept moins étudié de l’exosomatisation, processus par lequel l’humain externalise ses attributs et facultés hors corps, dans des objets technologiques (Stiegler, Lotka). Dans le passage du corps humain à la machine, l’IH change de statut. Les outils de la transdisciplinarité, notamment la pensée complexe (Morin) et les niveaux de réalité (Nicolescu), font voir que l’IH n’est plus la voie principale de transposition du Réel, mais un attribut dont la machine copie une partie, que l’on déclare suffisante et à laquelle l’humain se rapporte dorénavant. L’exosomatisation de l’intelligence certifie la refabrication du Réel (Nicolescu, Sadin), où l’origine s’efface, nous plaçant constamment dans la copie d’une copie. Comment l’humain peut-il y demeurer créatif? Quelles actions concrètes permettent le développement de l’IH en contexte IA, dans nos cours, recherches ou initiatives citoyennes? Qu’est-ce qui constituerait un « apprentissage profond humain »? Quels effets sociaux, culturels, politiques et écologiques aurait un développement paritaire de l’IH et l’IA?
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