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Jean-Charles Chabanne : ENS DE LYON - Université de Lyon
Les politiques éducatives actuelles mettent en avant la priorité qu’il faudrait donner à ce qu’elles appellent les « apprentissages fondamentaux », présentés comme les bases d’un parcours scolaire réussi. Mais le risque est de réduire ces fondamentaux à des apprentissages « de surface », limités aux compétences scolaires élémentaires, et d’oublier l’essentiel. Il est donc important de rappeler qu’un parcours éducatif réussi vise en outre, dès le plus jeune âge, des apprentissages plus fondamentaux encore, parce qu’ils sont les conditions de réussite des premiers. Parmi ces fondamentaux plus fondamentaux, il y a ce qui s’apprend uniquement dans la longue durée d’une éducation aux arts (dont la littérature, bien sûr), par les arts, et à la culture, dont la conférence essaiera d’identifier les apports irremplaçables au curriculum. L’un d’entre eux pourrait être une « éducation au sensible », une éducation esthétique, dans un sens profond où le sensible n’est pas seulement récréatif, mais un mode de relation aux autres et au monde. Soit non seulement une source d’émotions susceptibles de produire durablement attachement et engagement, mais aussi une manière d’assurer l’incorporation de valeurs essentielles pour être-au-monde, un mode de connaissance par l’expérience qui s’articule étroitement avec la connaissance conceptuelle, et l’initiation à des formes de transaction et de traduction qui ne trouvent pas ailleurs d’équivalents. Des exemples seront donnés qui ne se limiteront pas au seul domaine des arts, pour montrer que la dimension esthétique du projet éducatif global intéresse toutes les disciplines scolaires, et au-delà.
À la lumière de l’orientation actuelle de l’école vers la formation de citoyennes et de citoyens plusieurs études se penchent sur la manière d’aborder dans les matières d’enseignement des thématiques cruciales telles que le racisme, la justice sociale, le nationalisme, les questions autochtones, le sexisme, etc. Ce type de préoccupation est devenu fondamental dans le cours d’histoire (Moisan et coll., 2022), de même qu’enseigner la géographie du point de vue socioterritorial, de la consommation et/ou de l’exploitation des ressources, de la diversité et/ou de l’autochtonie semble essentiel quant à l’apprentissage du monde social (Prévil et Arias-Ortega, 2021). L’éducation pour un avenir viable (voire pour une relation de solidarité avec tous les êtres vivants et non vivants, ainsi que pour une relation de responsabilité envers l’avenir de la Terre) nécessite également de dépasser les frontières d’une matière précise afin de permettre aux personnes enseignantes de participer, par leur intervention éducative, au changement du rapport des générations futures avec la planète (Massie et Boutet, 2023). Un processus de lecture/écriture peut ainsi impliquer la formation au vivre ensemble, soit la déconstruction des préjugés envers autrui, et favoriser l’inclusion (Caron, 2023). Dans ce contexte, pour cette 6e édition du colloque, nous revenons sur la place de la dimension sociale dans l’éducation à l’art et à la littérature. Les domaines artistiques (y compris la création littéraire) trouvant leur source dans les conditions universelles de l’expérience sensible et dans la puissance qu’elles exercent sur la conscience et la signification (Berleant, 2013), nous proposons un débat autour des concepts d’« engagement esthétique » et d’« expérience de l’engagement » (idem), en invitant le public à s’interroger sur les façons dont il est possible de développer des actions éducatives en arts et littérature liées aux enjeux sociétaux.
Titre du colloque :