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Emilie Doutreloux : Université Laval
Les collaborations scientifiques Sud-Nord reflètent des asymétries liées aux inégalités historiques et épistémiques. Les financements dominés par le Nord dictent souvent les priorités, marginalisant les besoins des parties prenantes (Crane, 2010) et reléguant les personnes chercheuses du Sud à des rôles subalternes (Gaillard, 1994). Ces dynamiques soulèvent d'importantes questions éthiques, notamment en matière de justice cognitive (Santos, 2014). Le recours aux mécanismes d’éthique de la recherche constitue un rempart intéressant, bien qu’imparfait, assurant la transparence, la valorisation des savoirs locaux et le respect des communautés impliquées, tout en facilitant une gouvernance partagée (Ndlovu-Gatsheni, 2018) au profit d’une science davantage inclusive. Cette communication présente, sous forme de cas, les fondements éthiques sur lesquels se construit une nouvelle collaboration de recherche entre des universitaires du Brésil et du Québec. Par une analyse critique comparée des documents encadrant l’éthique de la recherche au Brésil et au Québec, nous présentons les similitudes et les différences importantes dans les principes, structures, et approches mises de l’avant pour rééquilibrer les dynamiques de pouvoir dans les collaborations scientifiques internationales, tout en soulignant les freins introduits par les organismes subventionnaires de la recherche et les universités elles-mêmes.
L’enseignement supérieur (ES) est un champ d’études et de pratique qui s’est développé au fil des siècles notamment grâce aux collaborations internationales (Lafont, 2016) et à la mobilité des savoirs et des savants (Spychala, 2022). Même si, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les collaborations et la mobilité encouragent l’utilisation de l’anglais (Bégin-Caouette et coll., 2023), le français demeure une langue d’enseignement et de communication scientifique qui rassemble 321 millions de locuteurs, dont 132 millions de personnes apprenantes (OIF, 2022). Les États francophones et leurs établissements multiplient d’ailleurs les ententes de coopération et de mobilité (Burgun, 2023) afin de contribuer à l’émergence d’une Francophonie scientifique (AIFS-AUF, 2022). La consolidation de cet espace doit reposer sur des collaborations réciproques entre le Sud et le Nord, ce qui constitue un défi alors que l’on note que les collaborations sont marquées à la fois par des déséquilibres structurels (Garneau et Bouchard, 2013) et des dynamiques néocoloniales (Haag, 2012). Malgré la fracture numérique (Lythreatis et coll., 2022), les technologies émergentes pourraient encourager des mobilités internationales plus accessibles et inclusives (Selmer et coll., 2021). Le présent colloque vise à explorer les dimensions et enjeux des collaborations internationales en ES. L’on invite les chercheur·ses, les étudiant·es et les praticien·nes à communiquer les résultats de leurs travaux et leurs réflexions sur l’un ou l’autre des thèmes suivants : l’importance de l’ES pour le développement des sociétés francophones; les dynamiques de pouvoir dans les collaborations scientifiques et les mobilités, notamment Sud-Nord; les mécanismes favorisant une internationalisation éthique et transformatrice de l’ES; la promotion du français en ES et en recherche; les collaborations transnationales au service de la formulation de réponses aux grands défis du 21e siècle.
Titre du colloque :