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Natasia Hamarat : Université libre de Bruxelles
Le modèle IPS (Individual Placement and Support), conçu pour les personnes souffrant de troubles mentaux graves, a été développé aux États-Unis dans les années 1990. Ancré dans une démarche de santé communautaire et inspiré du supported employment, il vise à favoriser l’accès à l’emploi ordinaire. Un job coach accompagne notamment la personne sur son lieu de travail, en adaptant les activités aux difficultés rencontrées, favorisant le maintien durable en emploi et la sensibilisation de l’entreprise. Introduit en Belgique au début des années 2000, l’IPS est devenu en 2016 un des projets-pilotes de l’Institut national d’assurance maladie-invalidité (INAMI-RIZIV), impliquant des acteurs de l’emploi, de la santé mentale et de l’assurance indemnités. À partir de focus groups, entretiens et recherches-actions liées à ce projet-pilote, nous examinerons d’abord le rôle et la collaboration de ces acteurs pour soutenir les adaptations et aménagements du travail à l’état de santé, ainsi que l’influence des normes concurrentes sur leurs interventions. Ensuite, nous explorerons les enjeux de la divulgation de la santé mentale au travail, entre droit fondamental à partager ou non sa condition et nécessité de le faire pour garantir la santé du travailleur. Cette analyse mettra en lumière les freins et leviers liés à ces approches, en croisant droit et sociologie pour comprendre dans quelle mesure le job coaching constitue en tant que tel un outil d’adaptation et de bien-être au travail.
Le « travail de santé » est une réalité invisible touchant notamment les travailleur·ses en situation de handicap, celles et ceux vivant avec une maladie, ainsi que leurs proches aidant·es. Selon Lhuillier (2023), ce concept désigne l’ensemble des actions et des efforts, des stratégies et des aménagements déployés pour gérer sa santé lorsque celle-ci est fragilisée. Le travail de santé reste souvent non reconnu, invisible et considéré comme une responsabilité individuelle. Pourtant, il requiert souvent de devoir composer avec les exigences d’un emploi salarié, les incertitudes et les rythmes associés à son propre corps ou celui de son proche et les réalités du réseau de la santé et des services sociaux.
Ces différentes contraintes peuvent, chacune à leur façon, complexifier la réalisation du travail de santé des travailleur·ses et proches aidant·es et les exposer à des pressions physiques, psychologiques et temporelles importantes au quotidien. Lorsque ces pressions sont vécues sur le long terme, elles peuvent contribuer à l’augmentation de leur niveau de stress, à l’apparition ou à l’aggravation des problèmes de santé physique et psychologique ainsi qu’à la remise en question de leur participation au marché du travail ou du soutien accordé à leur proche.
Ce colloque remet en question la soutenabilité des parcours socioprofessionnels des travailleur·ses en situation de handicap, celles et ceux vivant avec une maladie ainsi que leurs proches aidant·es, considérant qu’un parcours est dit « soutenable » lorsqu’il permet aux personnes de préserver et, surtout, de construire leur santé et leurs compétences dans le long terme (De Vos et Van der Heijden, 2017). Nous explorons les différents obstacles et leviers à la soutenabilité des parcours pour ces personnes autant du point de vue de la reconnaissance institutionnelle de leur travail de santé que de la mise en place de politiques publiques ou d’aménagements au sein de l’organisation du travail susceptibles de contribuer à leur bien-être et à leur maintien durable en emploi.
Titre du colloque :