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Brassier-Rodriguez Cécilia : Université Clermont Auvergne
Avec ce travail, je propose d’examiner comment l’expérience esthétique peut être mobilisée comme forme sensible de production et de restitution du savoir. Pour cela, je prendrai appui sur les résultats de deux projets culturels et scientifiques réalisés grâce à la participation de personnes réfugiées : coLAB qui a donné lieu à la réalisation d’un film documentaire ; Partage de Cultures qui a conduit à la réalisation de 99 vidéos. Grâce aux activités liées à ces deux productions, les personnes réfugiées participantes se sont engagées dans une expérience esthétique qui a abouti à la création d’une œuvre. Produit comme un contre-récit, cet objet est devenu un objet médiateur qui a contribué à les rendre plus visibles dans l’espace public. Il a également fait vivre au public, constitué par les membres de la société d’accueil, une expérience esthétique. Ce faisant, cette expérience ne permet pas seulement au processus de réalisation d’une œuvre de prendre place, elle exprime aussi pleinement le processus de transformation qui s’opère chez les participants et le public, conduisant à des formes originales de production et de diffusion des savoirs.
Ce colloque s’inspire de la remise en question de l’injonction à la diffusion dans la sphère universitaire; laquelle est, entre autres, basée sur le principe d’organisation rationnel du travail caractérisant le capitalisme « moderne » (Berger, 2018). Un principe qui, quoique rigoureux dans sa faculté à produire des connaissances « scientifiquement valides », uniformise et normalise les manières de le restituer au sein d’un champ disciplinaire, envisagé comme seul destinataire du savoir produit (Schurmans et coll., 2014). Heureusement, ces formats de diffusion « traditionnels » de la connaissance tendent à être remis en question, et ce, tout particulièrement dans des disciplines récentes qui s’intéressent à la voix des minorités et des marginalisés (ex. : études féministes, genrées et décolonialistes, intersectionnalité, etc.) et à la place du sensible (ex. : la sensibilité éthique, théories de l’affect et esthétique), et qui portent l’intention de sortir le savoir de la seule sphère universitaire (Bell et coll., 2019; Fotaki et coll., 2017; Fotaki et Pullen, 2024; Gilmore et coll., 2019; Gilmore et Kenny, 2015, Katila et coll., 2023; Meier et Wegener, 2017).
Ces visions alternatives font du corps de la chercheuse l’outil premier de toutes collectes ou analyses de données et tentent de « faire vivre » les ressentis physiques ou affectifs des participantes d’une recherche (Fotaki et Pullen, 2024). Elles tentent entre autres de restituer le sensible par l’ethnographie (Plourde, 2023), l’autoethnographie (Maxwell, 2023), la production d’ambiance (Depeau et Feildel, 2016), les perceptions sonores (Battesti, 2016), l’expérience sensorielle et émotionnelle (Audas et coll., 2024). Ce faisant, elles questionnent la validité, l’objectivité et la neutralité de la restitution des savoirs « désincorporés » (Fotaki et coll., 2017). Cette volonté de retourner au sensible, et à la complexité de ce qui sous-tend ce que nous nommons le « social », permet d’éclairer l’hétérogénéité des relations constitutives de la réalité. Dans cette perspective, un nombre grandissant d’éléments se voient acquérir le rôle d’« acteurs » au sein des dynamiques « sociales » à l’étude, des éléments dont les « voix » sont singulières et qui, par conséquent, nécessitent de « singulièrement » les restituer.
Ce colloque se donne ainsi l’objectif de rassembler les multiples voix scientifiques qui se questionnent sur les difficultés de restitution du savoir en suivant des chemins nouveaux, mais aussi inclusifs d’auditoires externes à la sphère universitaire. Il veut offrir un espace où les notions de corps, de sensible et d’affect se présentent à l’articulation de ces questionnements. La « réincorporation » de la recherche n’appelle-t-elle pas, par sa nouveauté, à s’éloigner des formes de restitution conventionnelle? À écrire autrement? À inventer des formes de restitution? À rejoindre un plus grand nombre d’individus apprenants et participants à la recherche?
Titre du colloque :