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Bertrand Gervais : UQAM - Université du Québec à Montréal
L'imagination artificielle est une notion relativement nouvelle, tout aussi nouvelle évidemment que la diffusion à grande échelle des réseaux récursifs de neurones qui en sont à la base. Elle se présente comme une manifestation de l'intelligence artificielle, dans sa capacité à générer, par le biais d'agents conversationnels (ChatGPT) et de générateurs d'images (Stable Diffusion, Midjourney, Dall.e), des créations à caractère littéraire ou artistique, des textes de fiction, des représentations iconiques, des simulations, rivalisant du coup avec nos propres productions et créations.Cette situation est inédite. Si nous avons longtemps rêvé d'une intelligence et d'une imagination artificielles, dans le cadre de récits de science-fiction, peuplés de figures anthropomorphes (robots, cyborgs, androids) et de machines pensantes (ordinateurs, calculateurs et autres interfaces), ces anticipations sont devenues depuis peu une réalité. De la fiction nous sommes passés aux faits, à une réalité technologique avérée, aisément disponible et déjà en partie intégrée à notre quotidien. Nous sommes dorénavant engagés dans une culture de l'écran...
Les humanités numériques et la recherche-création se développent en parallèle depuis plusieurs années : ces deux approches affirment transformer la recherche universitaire en ne séparant pas la pratique de la théorie. Elles proposent toutes deux de développer de nouvelles manières radicalement inter-, voire transdisciplinaires de générer ou diffuser les savoirs au-delà des méthodes traditionnelles de la recherche. Sommes-nous en présence de nouvelles (inter)disciplines, de simples méthodologies ou encore d’approches épistémiques et esthétiques plus radicalement transformatrices qui remettraient en cause la recherche et les frontières disciplinaires traditionnelles en SHS?
Il importe aussi de réfléchir aux enjeux esthétiques, épistémiques, éthiques, voire ontologiques de l’utilisation ou du développement d’outils numériques dans et par la création artistique. Les fondements de la créativité humaine sont-ils altérés, mis en jeu, voire menacés par le recours à ces outils – commerciaux ou sui generis − qui possèdent chacun leurs propres « affordances » et, plus encore, par le recours croissant à des outils dotés d’une agentivité propre comme l’intelligence artificielle générative. La valorisation de la notion même de créativité dans plusieurs domaines savants et moins savants aurait-elle paradoxalement quelque chose à voir avec cette menace qui pèserait, selon certains, sur l’autonomie, voire la survie d’une créativité humaine prétendument promise au dépassement ou à l’obsolescence?
Enfin, il importe d’aborder le rôle de la création et de la créativité dans le développement historique et contemporain des humanités numériques elles-mêmes, qui se diversifient et se déploient en faisant appel à des formes d’éditorialisation, de médiation ou de remédiation qui ne cessent de se multiplier et de se conjoindre diversement tant dans la conception des projets que dans les dispositifs et médias utilisés pour leur création et diffusion.
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