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Florence Vinit : UQAM - Université du Québec à Montréal
L’essor de l’intelligence artificielle (IA) actuellement en pleine expansion (Hand, 1991) est parfois présentée comme une potentialité pleine de promesses pour le domaine de la psychologie, que ce soit dans l’analyse des comportements, l’évaluation clinique ou même l’accompagnement thérapeutique. Dans une réflexion exploratoire autour des apports et limites de l’IA en psychologie (Pierron et Bogaert, (2024)), nous interrogerons la conception implicite de la thérapie et les risques de généralisation d’un tel modèle. Inspirée par les conditions du dialogue (Gadamer, 1960) et la créativité inhérente à celui-ci, nous explorerons à l’inverse la manière dont la psychothérapie entre deux individus participe à une formation de la sensibilité (Léger, 2006), indispensable à un agir éthique, à une compréhension ancrée dans la culture et à une intelligence amoureuse (IA), proprement humaine.
Ce colloque réunit, dans une perspective transdisciplinaire, des spécialistes de sciences humaines et sociales impliqués dans l’évolution de l’intelligence humaine (IH) en contexte IA. Nous plaçons l’échange sous le signe des réalisations en recherche et en enseignement, dont les applications concrètes relient l’université, les collectivités et la société. Le développement de l’IH est loin de susciter le même intérêt et d’engager les mêmes ressources que l’IA, face à laquelle elle se place, sans s’y opposer nécessairement (Barad, Vitali-Roseti). L’IA est institutionnalisée, avec statut de discipline autonome, bénéficiant de ressources substantielles. En revanche, l’IH – aspect fondamental de l’humain – demeure un thème étudié de manière transversale depuis différents champs de savoir, sans bénéficier des avantages réservés à l’IA (Detterman). Nous nous proposons de comprendre cet état de choses en partant du concept moins étudié de l’exosomatisation, processus par lequel l’humain externalise ses attributs et facultés hors corps, dans des objets technologiques (Stiegler, Lotka). Dans le passage du corps humain à la machine, l’IH change de statut. Les outils de la transdisciplinarité, notamment la pensée complexe (Morin) et les niveaux de réalité (Nicolescu), font voir que l’IH n’est plus la voie principale de transposition du Réel, mais un attribut dont la machine copie une partie, que l’on déclare suffisante et à laquelle l’humain se rapporte dorénavant. L’exosomatisation de l’intelligence certifie la refabrication du Réel (Nicolescu, Sadin), où l’origine s’efface, nous plaçant constamment dans la copie d’une copie. Comment l’humain peut-il y demeurer créatif? Quelles actions concrètes permettent le développement de l’IH en contexte IA, dans nos cours, recherches ou initiatives citoyennes? Qu’est-ce qui constituerait un « apprentissage profond humain »? Quels effets sociaux, culturels, politiques et écologiques aurait un développement paritaire de l’IH et l’IA?
Titre du colloque :