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Kouadio Rodrigue Boko : École nationale d'administration publique
Les crises sanitaires contemporaines, telles que la COVID-19, Ebola ou le Zika, ont révélé les limites des systèmes de recherche et de gouvernance en contexte d’urgence. La fréquence accrue et les conséquences multisectorielles de ces crises, exigent une mobilisation rapide, structurée et cohérente des connaissances scientifiques pour appuyer efficacement la prise de décision publique. Ces situations, cependant, mettent en évidence de profondes tensions entre logiques scientifiques et logiques politiques, notamment en raison de décalages temporels, d’enjeux de légitimité et d’incertitude.
La fragmentation des efforts, le manque de coordination interinstitutionnelle, les difficultés d’accès et d’utilisation des données de recherche, ainsi que l’absence de cohérence dans la production de données probantes au sein de l’écosystème scientifique, nuisent à l’efficacité des réponses de santé publique.
Dans ce contexte, le concept de gouvernance ‘’Une seule santé’’ s’impose comme une approche transdisciplinaire prometteuse. Il propose un cadre de coordination intégrée, mobilisable en amont et pendant les crises, et ouvre la voie à la création de tables de gouvernance collaboratives capables de structurer durablement le dialogue entre science et politique. Toutefois, sa mise en œuvre reste confrontée à des défis majeurs : gouvernance partagée, construction de la confiance, clarté des rôles et mécanismes de pilotage adaptés.
Ce portrait des enjeux de la recherche en temps de crise appelle ainsi à repenser en profondeur les modes de coordination scientifique, et à concevoir des mécanismes pérennes qui favorisent un dialogue structuré, continu et légitime entre les chercheurs et les pouvoirs publics dans une optique de prévention, d’agilité collective et de résilience.
Parmi les grands apprentissages de l’expérience de la pandémie de covid-19, le manque de préparation en amont de la crise est fréquemment cité dans les rapports de leçons apprises et recommandations produits sur la crise. En cette ère de polycrises où celles affectant la santé sont appelées à augmenter en nombre, en intensité, en complexité et en simultanéité, à un moment où les ressources sont de plus en plus limitées, nous sommes confrontés collectivement à un enjeu d’efficacité face aux défis actuels et des prochaines années, qui risquent de dépasser nos capacités à y répondre.
Le milieu de la recherche réfléchit aux moyens d’être plus efficaces pour contribuer à la prévention et à la réponse aux crises. S’il veut produire de nouvelles connaissances pertinentes, le secteur de la recherche doit mieux s’organiser, se doter de processus et de structures accélérant sa mise en place et améliorer le transfert des connaissances auprès des décideurs, du réseau de la santé et des services sociaux et ses partenaires de la communauté et de la société civile. Plusieurs questions se posent. Comment attribuer rationnellement les ressources financières pour soutenir des projets prioritaires? Comment éviter les coûteuses duplications de projets ou, au contraire, les angles morts dans le développement des connaissances? Comment la recherche peut-elle optimiser, mobiliser les différentes expertises, savoirs et connaissances existants qui sont nécessaires pour anticiper les menaces? Comment peut-elle répondre aux besoins des gestionnaires des crises et de la population dans des visées systémiques, systématiques et intersectorielles? Ce colloque propose d’explorer les modalités, expériences et connaissances développées sur la mobilisation des savoirs intersectoriels (santé, société et culture, nature et technologies) ainsi que les savoirs patients, citoyens, communautaires en préparation de crise pour mieux comprendre comment la recherche peut mieux participer au « se préparer ensemble ».