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Pour une réflexivité interobjective

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Nicolas Bencherki : Université TÉLUQ

Résumé de la communication

La recherche qualitative demande que les chercheuses soient réflexives et lucides quant à la relation es processus de connaissance, les contextes où prennent place ces processus, et leur propre rôle dans ceux-ci. Il faudrait donc que les chercheuses soient conscientes de leur propre impact dans la production de connaissance, alors même que la littérature fait état de la difficulté à garder une distance analytique quand on fait de la recherche proche de sa propre réalité. Comme alternative à cette conception habituelle de la réflexivité, nous soutenons l’idée que la réflexivité devrait révéler ses propres pratiques, outils et dispositifs. En ce sens, en plus de la subjectivité des chercheuses, elle doit révéler tout ce qui fait une différence dans la production de connaissances. Nous empruntons à Bruno Latour sa métaphore spatiale pour rendre compte de ce que tente de faire la recherche : elle tente d’agir à distance pour rapporter du contexte à connaître (B) des savoir dans le contexte de production de la connaissance (A). Ainsi, nous proposons une vision interobjective de la réflexivité, consistant à rendre explicite la manière dont des éléments « venus de loin » interviennent dans le processus de recherche. Le terme « interobjectivité » est aussi un emprunt à Latour, selon qui les artefacts sont des médiateurs de nos relations et bâtissent notre monde commun, tandis que l’objectivité est souvent comprise comme accès « immédiat » à la réalité.

Résumé du colloque

Ce colloque s’inspire de la remise en question de l’injonction à la diffusion dans la sphère universitaire; laquelle est, entre autres, basée sur le principe d’organisation rationnel du travail caractérisant le capitalisme « moderne » (Berger, 2018). Un principe qui, quoique rigoureux dans sa faculté à produire des connaissances « scientifiquement valides », uniformise et normalise les manières de le restituer au sein d’un champ disciplinaire, envisagé comme seul destinataire du savoir produit (Schurmans et coll., 2014). Heureusement, ces formats de diffusion « traditionnels » de la connaissance tendent à être remis en question, et ce, tout particulièrement dans des disciplines récentes qui s’intéressent à la voix des minorités et des marginalisés (ex. : études féministes, genrées et décolonialistes, intersectionnalité, etc.) et à la place du sensible (ex. : la sensibilité éthique, théories de l’affect et esthétique), et qui portent l’intention de sortir le savoir de la seule sphère universitaire (Bell et coll., 2019; Fotaki et coll., 2017; Fotaki et Pullen, 2024; Gilmore et coll., 2019; Gilmore et Kenny, 2015, Katila et coll., 2023; Meier et Wegener, 2017).

Ces visions alternatives font du corps de la chercheuse l’outil premier de toutes collectes ou analyses de données et tentent de « faire vivre » les ressentis physiques ou affectifs des participantes d’une recherche (Fotaki et Pullen, 2024). Elles tentent entre autres de restituer le sensible par l’ethnographie (Plourde, 2023), l’autoethnographie (Maxwell, 2023), la production d’ambiance (Depeau et Feildel, 2016), les perceptions sonores (Battesti, 2016), l’expérience sensorielle et émotionnelle (Audas et coll., 2024). Ce faisant, elles questionnent la validité, l’objectivité et la neutralité de la restitution des savoirs « désincorporés » (Fotaki et coll., 2017). Cette volonté de retourner au sensible, et à la complexité de ce qui sous-tend ce que nous nommons le « social », permet d’éclairer l’hétérogénéité des relations constitutives de la réalité. Dans cette perspective, un nombre grandissant d’éléments se voient acquérir le rôle d’« acteurs » au sein des dynamiques « sociales » à l’étude, des éléments dont les « voix » sont singulières et qui, par conséquent, nécessitent de « singulièrement » les restituer.

Ce colloque se donne ainsi l’objectif de rassembler les multiples voix scientifiques qui se questionnent sur les difficultés de restitution du savoir en suivant des chemins nouveaux, mais aussi inclusifs d’auditoires externes à la sphère universitaire. Il veut offrir un espace où les notions de corps, de sensible et d’affect se présentent à l’articulation de ces questionnements. La « réincorporation » de la recherche n’appelle-t-elle pas, par sa nouveauté, à s’éloigner des formes de restitution conventionnelle? À écrire autrement? À inventer des formes de restitution? À rejoindre un plus grand nombre d’individus apprenants et participants à la recherche?

Contexte

section icon Date : 8 mai 2025

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