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Marie-Pier Bellefleur : Université McGill
En réponse au besoin pressant d'interventions culturellement sûres pour les jeunes autochtones aux prises avec des problèmes de dépendance dans le contexte post-pandémique, nous avons entrepris une revue exploratoire de la littérature scientifique et grise qui visait à répondre à deux questions : 1) Quels sont les programmes familiaux disponibles pour les jeunes autochtones des régions du CANZUS (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, États-Unis) ainsi que leur efficacité, et 2) Quels sont les éléments et les pratiques associées avec des résultats positifs chez les jeunes et leurs familles? Cette revue a confirmé le fait que les services culturellement sûrs et adaptés, de plus que l’inclusion des familles dans les interventions sont bénéfiques pour les jeunes. Les études revues ont également démontré que les parents impliqués dans le processus d’intervention en ressentaient eux aussi des bienfaits, notamment dans le domaines de la communication, de leurs propre capacités d’adaptation, ainsi que dans leurs compétences parentales. Cependant, comme les pratiques d'évaluation ont un impact sur la validité des résultats d'une étude scientifique et considérant le fait que les pratiques d'évaluation en contexte de recherche ne sont pas nécessairement culturellement sécuritaires pour les Premiers Peuples, nous examinerons les pratiques d’évaluation utilisées dans ces études pour mesurer les effets des programmes sur les jeunes qui y ont participé ainsi que sur leurs familles.
Alors que de plus en plus d’études portent sur la validation d’outils d’évaluation de la santé mentale et du mieux-être des autochtones, on constate que les études épidémiologiques ou d’évaluation de programme reposent souvent sur des outils n’ayant pas fait leurs preuves chez ces populations. Les paradigmes de recherche eurocentristes ne permettent pas de capter adéquatement les expériences des membres des populations autochtones. Des études d’évaluation de programme reposant sur des paradigmes autochtones de recherche existent, mais sont difficilement conciliables avec les méthodes basées sur les données probantes, qui s’inscrivent dans un paradigme scientifique essentiellement eurocentriste.
Dans cette veine, les communautés d’intervenant·es autochtones partenaires des responsables du présent colloque soulèvent de nombreuses limites aux protocoles d’évaluation proposés en vue de mesurer l’efficacité de programmes (protocoles trop longs, interprétation variable des énoncés, non-adéquation culturelle). Les équipes de recherche peinent à proposer des alternatives conciliant la pertinence culturelle et les exigences du monde scientifique actuel. L’incohérence entre les façons de faire occidentales en termes d’évaluation clinique ainsi que les façons d’être et d’agir autochtones sont souvent soulignées. L’adaptation d’outils de mesure apparaît comme un pas dans la bonne direction, mais elle génère des solutions incomplètes, du point de vue autant de la recherche que clinique.
Il s’avère donc nécessaire de reconsidérer nos pratiques d’évaluation. Le développement de méthodes et d’outils s’inscrivant dans des épistémologies autochtones semble incontournable pour permettre la réalisation de recherches qui appuieront réellement des pratiques d’intervention culturellement sécuritaires par, pour et avec les Premières Nations et les Inuit·es (PNI).
Ce colloque se veut donc un espace de réflexion et d’échange visant à se dégager des préjugés occidentaux inhérents aux pratiques de recherche. Sous forme de panels et d’activités de coconstruction, entrecoupés de présentations scientifiques et appuyés par des exemples concrets d’évaluation par, pour et avec les PNI, il réunira des acteurs autochtones et allochtones concernés par le mieux-être des PNI issus de divers milieux (chercheurs, gestionnaires de services sociaux et cliniciens). Ces intervenant·es aux expertises variées (psychoéducation, travail social, éducation, psychologie, dépendance) s’engageront dans une réflexion sur ces enjeux importants que sont la mesure et l’évaluation. Ces réflexions viseront la coconstruction de solutions concrètes, applicables dans divers domaines et cliniquement pertinentes. Ancré dans une approche participative et collaborative, le colloque mettra les savoirs autochtones au premier plan, grâce à la participation de nombreux partenaires de recherche PNI. Ultimement, le colloque vise l’amorce de la coconstruction d’un modèle d’évaluation culturellement sécuritaire pour les PNI.
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