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Florence Croguennec : Université de Montréal
Les élèves nouvellement arrivés au Québec (ENA) font face à un double défi en mathématiques : s’approprier les concepts, s’intégrer à la culture curriculaire. Or, dans un contexte multiethnique, l’enseignement des mathématiques ne peut se détacher des réalités culturelles (Gorgorió et Planas, 2005). Il est essentiel d’examiner comment les pratiques d’enseignement, influencées par les contextes socioculturels (D’Ambrosio, 2017 ; Elbers et de Haan, 2005), peuvent favoriser l’inclusion des ENA et soutenir le développement des compétences disciplinaires. Nous présentons les résultats d’un projet de recherche sur les perceptions et pratiques des enseignant·es en contexte multiethnique québécois. Les données ont été recueillies par entretiens de compréhension (Kaufman, 2007) et groupes de discussion (Robo, 2007), et nous nous concentrons ici sur deux entretiens concernant l’enseignement des mathématiques. S’appuyant sur l’ethnomathématique (D’Ambrosio, 2017) et la pédagogie critique (Freire, 1971), l’analyse montre que Farah, l’enseignante négocie entre acculturation à la société québécoise et reconnaissance des savoirs mathématiques culturellement diversifiés. Elle déploie des pratiques, reconnaissant, à un certain point, des savoirs issus de contextes culturels variés. Nous analysons ses pratiques et discutons de la manière dont les savoirs sociomathématisés peuvent favoriser des rapports démocratiques en classe (Bernstein, 2007), dans une optique de justice socioscolaire.
Avec la montée du néolibéralisme et la prédominance de la logique marchande dans tous les domaines de la vie sociale, la promotion des valeurs de liberté et de pluralisme, mais aussi d’autonomie, de responsabilité et de justice sociale, s’opérationnalise de plus en plus à travers le langage de la diversité qui agrège progressivement de nouveaux thèmes tels que l’« inclusion » et l’« équité ». Malgré le caractère positif et consensuel des grammaires institutionnelles qui composent les initiatives étiquetées « équité, diversité et inclusion » (EDI), des travaux s’inscrivant dans le champ des approches critiques de la diversité apportent des éclairages permettant d’analyser les dimensions discursives, idéologiques et organisationnelles des politiques d’EDI comme étant constitutives de la gouvernementalité néolibérale des institutions publiques.
Ce champ d’investigation dynamique est d’ailleurs en développement dans la littérature anglophone, mais aussi de plus en plus dans les sphères transnationales et éducatives. Les références aux politiques d’EDI opèrent comme justification permettant une institutionnalisation pérenne ou, à tout le moins, durable d’un ordre social discriminatoire et dont la reproduction affecte les espaces institués de résistance, voire de remédiation. Il importe donc de comprendre comment les discours de la diversité permettent d’expliquer l’exercice quotidien des discriminations dans les sphères éducatives. Également, de quelles visions et représentations se nourrissent-ils? Quels sont les enjeux et les défis face à la mise en œuvre des politiques étiquetées EDI dans les institutions éducatives? Comment ces dispositifs s’intègrent-ils au langage et aux discours aspirationnels de l’égalité des chances? Quels en sont les écueils et les contradictions? Comment les individus et les groupes catégorisés comme « issus de la diversité » appréhendent-ils les dispositifs qui les visent?
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