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Isabelle Farmer-Dandurand : UQAR - Université du Québec à Rimouski
L’objectif premier de cette communication est d’illustrer les nouvelles formes que peuvent prendre les recherches en sciences sociales en prenant l’exemple de ma thèse de doctorat dont le titre est : Changement émergent et présence attentive dans une organisation éveillée. Récit autoethnographique d’un processus de transformation par la présence attentive et la création artistique.
En présentant d’abord des exemples de formes d’écriture (écritures poétiques, narratives, réflexives; ancrages conceptuels et métathéoriques; récits de pratiques individuelles et collectives), cette présentation vise à montrer une façon différente de structurer une thèse de doctorat. Cette écriture protéiforme soulève inéluctablement la question des rapports de pouvoir entre les postures impliquées, et ce, en évitant de hiérarchiser les savoirs scientifiques au-dessus des autres formes de savoirs pratiques, expérientiels, esthétiques et spirituels. Le second objectif est de discuter de l’art comme approche de recherche (Bochner et Ellis, 2016; Lévy, 2020) ainsi que de l’écriture comme pratique afin de favoriser d’autres façons de produire des connaissances en sciences sociales. Ce choix décisif remet en question l’idéologie économique comme fondement de notre société (Brunat et Fontenel, 2021) et est en contradiction avec les attentes de productivité et de rationalité scientifique (Berger, 2018). Pour conclure, une discussion portera sur les impacts concrets de ce choix et les nouvelles pistes de création afin de participer à agrandir ce champ des possibles.
Ce colloque s’inspire de la remise en question de l’injonction à la diffusion dans la sphère universitaire; laquelle est, entre autres, basée sur le principe d’organisation rationnel du travail caractérisant le capitalisme « moderne » (Berger, 2018). Un principe qui, quoique rigoureux dans sa faculté à produire des connaissances « scientifiquement valides », uniformise et normalise les manières de le restituer au sein d’un champ disciplinaire, envisagé comme seul destinataire du savoir produit (Schurmans et coll., 2014). Heureusement, ces formats de diffusion « traditionnels » de la connaissance tendent à être remis en question, et ce, tout particulièrement dans des disciplines récentes qui s’intéressent à la voix des minorités et des marginalisés (ex. : études féministes, genrées et décolonialistes, intersectionnalité, etc.) et à la place du sensible (ex. : la sensibilité éthique, théories de l’affect et esthétique), et qui portent l’intention de sortir le savoir de la seule sphère universitaire (Bell et coll., 2019; Fotaki et coll., 2017; Fotaki et Pullen, 2024; Gilmore et coll., 2019; Gilmore et Kenny, 2015, Katila et coll., 2023; Meier et Wegener, 2017).
Ces visions alternatives font du corps de la chercheuse l’outil premier de toutes collectes ou analyses de données et tentent de « faire vivre » les ressentis physiques ou affectifs des participantes d’une recherche (Fotaki et Pullen, 2024). Elles tentent entre autres de restituer le sensible par l’ethnographie (Plourde, 2023), l’autoethnographie (Maxwell, 2023), la production d’ambiance (Depeau et Feildel, 2016), les perceptions sonores (Battesti, 2016), l’expérience sensorielle et émotionnelle (Audas et coll., 2024). Ce faisant, elles questionnent la validité, l’objectivité et la neutralité de la restitution des savoirs « désincorporés » (Fotaki et coll., 2017). Cette volonté de retourner au sensible, et à la complexité de ce qui sous-tend ce que nous nommons le « social », permet d’éclairer l’hétérogénéité des relations constitutives de la réalité. Dans cette perspective, un nombre grandissant d’éléments se voient acquérir le rôle d’« acteurs » au sein des dynamiques « sociales » à l’étude, des éléments dont les « voix » sont singulières et qui, par conséquent, nécessitent de « singulièrement » les restituer.
Ce colloque se donne ainsi l’objectif de rassembler les multiples voix scientifiques qui se questionnent sur les difficultés de restitution du savoir en suivant des chemins nouveaux, mais aussi inclusifs d’auditoires externes à la sphère universitaire. Il veut offrir un espace où les notions de corps, de sensible et d’affect se présentent à l’articulation de ces questionnements. La « réincorporation » de la recherche n’appelle-t-elle pas, par sa nouveauté, à s’éloigner des formes de restitution conventionnelle? À écrire autrement? À inventer des formes de restitution? À rejoindre un plus grand nombre d’individus apprenants et participants à la recherche?
Titre du colloque :