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Laura Périchon : Université libre de Bruxelles
Depuis quelques années, la clinique du deuil évolue vers une reconnaissance et une intégration des liens entre les vivants et leurs proches défunts dans ses théories et ses pratiques. Bien que jugées problématiques par les spécialistes du deuil du XXème siècle, ces relations appellent désormais à être davantage étudiées, prises en compte et valorisées dans le cadre de l’accompagnement des personnes endeuillées. La manière dont ces relations sont vécues permet l’exploration de certaines dimensions du deuil et peut inviter à l’accompagnement de celui-ci sous l’angle d’une transformation des liens. Les rêves, en particulier ceux du défunt, constituent un espace privilégié au sein duquel se donnent à voir et à vivre les relations entre vivants morts. En s’appuyant sur plusieurs exemples cliniques, nous proposons d’examiner ces dynamiques relationnelles, notamment grâce au prisme des rêves.
Comment les liens continus entre les personnes endeuillées, adultes et enfants, et leurs défunts influencent-ils leur processus de deuil et leur qualité de vie, et dans quelle mesure la reconnaissance ou la stigmatisation de ces expériences affecte-t-elle les pratiques d’accompagnement, les politiques publiques et les interventions cliniques?
Le deuil, loin d’être une simple rupture, est souvent caractérisé par la persistance d’une relation émotionnelle, symbolique ou spirituelle, avec les défunts, que l’on qualifie de « liens continus » (ou « continuing bonds »). Contrairement à une approche traditionnelle du deuil qui prônait la nécessité de couper les liens avec le disparu pour permettre une adaptation « saine », ces liens apparaissent de plus en plus comme des éléments essentiels du processus de deuil. Cependant, leur reconnaissance dans les pratiques cliniques, les politiques publiques et le soutien psychosocial reste incomplète, particulièrement dans les contextes où ces liens sont stigmatisés ou perçus comme des manifestations de dysfonctionnement psychologique.
Cette problématique est particulièrement importante dans une perspective intergénérationnelle. Les adultes et les enfants endeuillés vivent et expriment ces liens de manière différente, les enfants étant souvent ignorés dans les discussions sur la mort et le deuil. Pour les enfants, les liens continus peuvent se manifester par des jeux imaginaires ou des interactions – symboliques ou pas – avec les défunts, souvent mal compris ou minimisés par les adultes. Quant aux adultes, la persistance de ces liens peut prendre des formes variées, telles que le maintien de souvenirs (physiques ou mentaux), des rituels ou des conversations avec le défunt, qui peuvent soit apaiser soit compliquer leur processus de deuil.
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