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Un espace suffisamment sécurisant ? Une analyse des dynamiques de pouvoir et de la collaboration dans la communauté de pratique Atautsikut en santé mentale jeunesse au Nunavik

YK

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Youma Konaté : Université McGill

Résumé de la communication

La santé mentale (SM) des jeunes Inuits est une préoccupation croissante au Canada et les services existants peinent à répondre adéquatement à leurs besoins. L’un des principaux enjeux tient aux défis rencontrés par les travailleurs de première ligne qui soutiennent ces jeunes, notamment la charge de travail, la communication, la rétention du personnel, ainsi que la collaboration interprofessionnelle et interculturelle, compliquant ainsi l’accès et la prestation des soins en SM pour les jeunes Inuits. Le projet en cours, Atautsikut (« être-ensemble » en Inuktitut), une communauté de pratique (CdP) axée sur la SM et le bien-être des jeunes au Nunavik, vise à renforcer les capacités des travailleurs de première ligne Inuit et non-inuits, tout en favorisant la collaboration et le soutien interprofessionnels au sein de ce groupe. Cette présentation porte sur les résultats d’une étude intégrée au projet Atautsikut, qui cherche à identifier les facilitateurs et les obstacles à la création d’espaces de dialogue « suffisamment sécurisants » pour favoriser l’émergence des savoirs locaux au sein de la CdP. En mobilisant la notion de contact zone de Somerville et Perkins (2003) pour théoriser le site des échanges interculturels et le concept de border work pour analyser le travail émotionnel et intellectuel de la collaboration interculturelle, cette étude examine de manière critique les dynamiques de pouvoir qui façonnent la collaboration dans le domaine de la santé mentale et du bien-être des jeunes au Nunavik. Les résultats soulignent l’accessibilité linguistique, la participation et la confiance comme thèmes clés, mettant en lumière le border work complexe nécessaire pour combler les écarts culturels et professionnels. Cette recherche contribue à une meilleure compréhension de la collaboration entre Autochtones et allochtones dans les contextes coloniaux et apporte des pistes de réflexion pour les futures initiatives de CdP dans les communautés autochtones.

Résumé du colloque

Alors que de plus en plus d’études portent sur la validation d’outils d’évaluation de la santé mentale et du mieux-être des autochtones, on constate que les études épidémiologiques ou d’évaluation de programme reposent souvent sur des outils n’ayant pas fait leurs preuves chez ces populations. Les paradigmes de recherche eurocentristes ne permettent pas de capter adéquatement les expériences des membres des populations autochtones. Des études d’évaluation de programme reposant sur des paradigmes autochtones de recherche existent, mais sont difficilement conciliables avec les méthodes basées sur les données probantes, qui s’inscrivent dans un paradigme scientifique essentiellement eurocentriste.

Dans cette veine, les communautés d’intervenant·es autochtones partenaires des responsables du présent colloque soulèvent de nombreuses limites aux protocoles d’évaluation proposés en vue de mesurer l’efficacité de programmes (protocoles trop longs, interprétation variable des énoncés, non-adéquation culturelle). Les équipes de recherche peinent à proposer des alternatives conciliant la pertinence culturelle et les exigences du monde scientifique actuel. L’incohérence entre les façons de faire occidentales en termes d’évaluation clinique ainsi que les façons d’être et d’agir autochtones sont souvent soulignées. L’adaptation d’outils de mesure apparaît comme un pas dans la bonne direction, mais elle génère des solutions incomplètes, du point de vue autant de la recherche que clinique.

Il s’avère donc nécessaire de reconsidérer nos pratiques d’évaluation. Le développement de méthodes et d’outils s’inscrivant dans des épistémologies autochtones semble incontournable pour permettre la réalisation de recherches qui appuieront réellement des pratiques d’intervention culturellement sécuritaires par, pour et avec les Premières Nations et les Inuit·es (PNI).

Ce colloque se veut donc un espace de réflexion et d’échange visant à se dégager des préjugés occidentaux inhérents aux pratiques de recherche. Sous forme de panels et d’activités de coconstruction, entrecoupés de présentations scientifiques et appuyés par des exemples concrets d’évaluation par, pour et avec les PNI, il réunira des acteurs autochtones et allochtones concernés par le mieux-être des PNI issus de divers milieux (chercheurs, gestionnaires de services sociaux et cliniciens). Ces intervenant·es aux expertises variées (psychoéducation, travail social, éducation, psychologie, dépendance) s’engageront dans une réflexion sur ces enjeux importants que sont la mesure et l’évaluation. Ces réflexions viseront la coconstruction de solutions concrètes, applicables dans divers domaines et cliniquement pertinentes. Ancré dans une approche participative et collaborative, le colloque mettra les savoirs autochtones au premier plan, grâce à la participation de nombreux partenaires de recherche PNI. Ultimement, le colloque vise l’amorce de la coconstruction d’un modèle d’évaluation culturellement sécuritaire pour les PNI.

Contexte

section icon Date : 8 mai 2025

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