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Sylvie Bergeron : Indépendant
Nous sommes sur le point de basculer dans un omnivers sans y être préparés. Nos ancêtres nous ont parlé de l’illusion de la forme, avec les IA aujourd’hui, nous enlisons l'humanité dans une simulation. Nous risquons de nous projeter dans un écosystème bionumérique qui nous gardera prisonniers du matérialisme, au prix de perdre l’esprit de nos Lumières. Développer une pédagogie de l’intelligence humaine (IH) intégrale apparaît comme l’étude essentielle à la revalorisation de notre humanité. Dans cette communication, je présenterai les résultats des observations liées à l'IH (niveau individuel et collectif), qui fondent aussi notre programme de psychologie évolutionnaire Le Créateur, et qui pourraient inspirer d'autres pratiques pédagogiques. L’humain possède des composantes plus profondes que la seule intelligence cognitive ; elles lui octroient des capacités psychiques sur lesquelles l'éducation doit se pencher. Nous examinerons la manière dont les IA nous conduisent vers une impasse créative. Si rien n'est fait pour l'éviter, la singularité (Irving John Good) risque de nous détruire (Geoffrey Hinton). Nous sommes arrivés à un point où nous devons renouveler nos méthodes, où notre conscience de chercheur devra couvrir d’autres niveaux de réalité pour dépasser la subjectivité des limitations matérielles et atteindre à l’objectivité des mondes subatomiques multivers.
Ce colloque réunit, dans une perspective transdisciplinaire, des spécialistes de sciences humaines et sociales impliqués dans l’évolution de l’intelligence humaine (IH) en contexte IA. Nous plaçons l’échange sous le signe des réalisations en recherche et en enseignement, dont les applications concrètes relient l’université, les collectivités et la société. Le développement de l’IH est loin de susciter le même intérêt et d’engager les mêmes ressources que l’IA, face à laquelle elle se place, sans s’y opposer nécessairement (Barad, Vitali-Roseti). L’IA est institutionnalisée, avec statut de discipline autonome, bénéficiant de ressources substantielles. En revanche, l’IH – aspect fondamental de l’humain – demeure un thème étudié de manière transversale depuis différents champs de savoir, sans bénéficier des avantages réservés à l’IA (Detterman). Nous nous proposons de comprendre cet état de choses en partant du concept moins étudié de l’exosomatisation, processus par lequel l’humain externalise ses attributs et facultés hors corps, dans des objets technologiques (Stiegler, Lotka). Dans le passage du corps humain à la machine, l’IH change de statut. Les outils de la transdisciplinarité, notamment la pensée complexe (Morin) et les niveaux de réalité (Nicolescu), font voir que l’IH n’est plus la voie principale de transposition du Réel, mais un attribut dont la machine copie une partie, que l’on déclare suffisante et à laquelle l’humain se rapporte dorénavant. L’exosomatisation de l’intelligence certifie la refabrication du Réel (Nicolescu, Sadin), où l’origine s’efface, nous plaçant constamment dans la copie d’une copie. Comment l’humain peut-il y demeurer créatif? Quelles actions concrètes permettent le développement de l’IH en contexte IA, dans nos cours, recherches ou initiatives citoyennes? Qu’est-ce qui constituerait un « apprentissage profond humain »? Quels effets sociaux, culturels, politiques et écologiques aurait un développement paritaire de l’IH et l’IA?
Titre du colloque :