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Leah Gosselin : Université d'Ottawa
En psycholinguistique, l'étude du bilinguisme s’effectue souvent dans des conditions restreintes et inflexibles. Afin de créer un paradigme rigoureux, les participants traitent presque toujours des stimuli créés en laboratoire, plutôt que des stimuli qui ont été recueillis auprès de la population étudiée. Cette approche est de plus en plus critiquée à mesure que le concept de validité écologique gagne du terrain: si les protocoles expérimentaux ne correspondent pas à l'usage linguistique de tous les jours, pouvons-nous en tirer des conclusions généralisables? Dans une série de travaux, nous avons tenté de récréer en laboratoire des situations de communication naturelles afin d'explorer la cognition et le traitement bilingue. D'abord, dix-neuf dyades ont complété des activités d'élicitation de la parole dans une salle privée. Les dyades étaient des personnes bilingues ayant des relations personnelles. Les productions des dyades ont été transcrites dans un corpus (French-English Bilingual Loved Ones Corpus, ou FEBLOC) qui sera bientôt accessible au public. Quarante extraits du corpus ont été choisis comme stimuli pour une étude subséquente. Dans cette expérience pilote, nous avons mesuré les oscillations neurales de dix participants bilingues pendant qu’ils écoutaient les extraits auditifs. Les résultats préliminaires se distinguent d'études précédentes, soutenant l'importance de la validité écologique. Nous recueillons présentement des donnés pour un échantillon final.
Depuis quelques années, le monde de la recherche sur l’apprentissage des langues secondes et le bilinguisme est en pleine ébullition. En plus de recourir de plus en plus fréquemment à des approches multidisciplinaires alliant linguistique, sciences cognitives et neurophysiologie, ce domaine a aussi vu l’apparition de nouveaux axes de recherche soulignant l’importance du contexte socioculturel ou socioécologique dans l’apprentissage des langues. Ainsi, des axes de recherche novateurs développés en collaboration avec des chercheurs en sociologie, en psychologie et en didactique ont permis de raffiner les questions de recherche afin d’obtenir une meilleure compréhension des phénomènes impliqués dans l’acquisition des langues secondes ou étrangères. Par exemple, on ne se demande plus simplement si le niveau d’exposition à une langue seconde peut influencer son apprentissage, mais plutôt quels impacts différents types d’exposition peuvent avoir sur l’apprentissage de celle-ci (interactions actives versus écoute passive, prévisibles ou imprévisibles…). De même, on ne s’intéresse pas seulement aux effets liés à l’âge d’acquisition (petite enfance, adolescence, âge adulte), mais aussi à ses interactions avec diverses variables telles que le type d’enseignement reçu ou l’attitude de l’apprenant. De tels travaux permettent d’isoler les facteurs neurodéveloppementaux des facteurs sociaux associés à l’acquisition linguistique, mais nécessitent la création d’équipes de recherche multidisciplinaires regroupant des chercheurs provenant de domaines parfois peu habitués à travailler ensemble. Il est donc crucial de créer des occasions de rencontre lors de colloques généraux tels que l’Acfas afin de favoriser les maillages interdisciplinaires entre chercheurs qui ne se croiseraient pas ailleurs. Ce colloque réunit des chercheurs de divers horizons afin de faire l’état de la recherche actuelle et de favoriser l’élaboration de projets collaboratifs innovateurs à l’échelle provinciale.
Titre du colloque :