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Corina Crainic : Université de Moncton
Dans un article datant de 1986, intitulé « À propos des ‘’machines écrivantes’’», Jean-François Chassay se souciait de l’impact de la technologie, et plus précisément de l’ordinateur, sur l’œuvre littéraire. Il demandait ainsi : « L’écrivain récupère-t-il la technologie ou est-ce celle-ci qui récupère l’écriture »? (Chassay, 1986). C’était l’œuvre littéraire qui était à interroger, sa valeur, son intérêt même, alors que l’on constatait une modification du rythme auquel elle pouvait être désormais produite. Quelque quarante ans plus tard, la donne se complexifie avec la possibilité de faire appel à l’intelligence artificielle, en création littéraire mais aussi en enseignement de la langue et de la littérature. L’inquiétude qu’elle suscite est d’un autre ordre que celle signalée par Chassay, les réflexions en appelant à la « formation citoyenne » (Roméro et al., 2023), la circonspection et le sens éthique, entre autres. En Acadie, contexte francophone minoritaire où les apprenants doivent parfois composer avec l’insécurité linguistique (Boudreau, 2022), l’intelligence artificielle peut être conçue comme éminemment problématique. Cette communication permettra d’analyser quelques acceptions de cet outil qui rappelle la menace envisagée par Chassay, une aide inestimable ou encore un frein supplémentaire, contribuant éventuellement au sentiment d’insécurité et au malaise.
À l’ère actuelle de l’intensification de la présence de l’intelligence artificielle (IA) dans la sphère universitaire, de nouveaux besoins pédagogiques ont graduellement fait leur apparition (Capus et coll., 2002). Ils reflètent l’importance de repenser la nature et les limites de l’enseignement en sciences et dans le domaine des sciences informatiques (Lision et Vercher, 2023). Or, peu d’études se sont penchées sur la façon dont la nature de l’enseignement des littératures françaises et francophones est affectée par l’essor de l’IA. La recherche actuelle met d’ailleurs l’accent sur le retour hégémonique de l’anglais qui s’installe de nouveau comme langue normative dans les salles de cours, où les outils d’IA sont démystifiés, voire réactualisés.
À la problématique globale de ce colloque, s’ajoute l’enjeu de l’enseignement des littératures françaises et francophones en contexte minoritaire francophone au Canada, notamment au sein des universités anglophones, dans lesquelles le français figure comme langue de transmission de savoirs, mais seulement en études françaises et francophones. De Homère à Shakespeare, en passant par les scandales juridiques de diffamation ou d’atteinte à la vie privée, les questions de paternité littéraire, de responsabilité éthique ou de datation, passionnent la critique littéraire. Des études spécialisées prennent le pouls d’un tel débat culturel, social et épistémique depuis les vingt dernières années (Sapiro, Mihelakis, Barraband, etc.), mais peu a été dit à propos des façons dont l’enseignement des littératures françaises et francophones réactualisent ces débats à l’aune des nouvelles technologies et de l’IA. C’est à ce vide que ce colloque souhaite apporter quelques pistes de réflexion.
Titre du colloque :