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Entre deux mondes : Journal d’un surfeur québécois

GM

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Grégoire Moron-Garreau : Université Laval

Résumé de la communication

Par l'entremise d'un narratif prenant pour point de départ la photographie comme forme de restitution des savoirs, cette recherche interroge comment le sensible structure l'attachement des surfeurs québécois à leur pratique. En m'inspirant des récits phénoménologiques, laissant l'autre s'exprimer à travers moi si bien que parler de l'autre revient à parler de soi, je raconte comment ces pratiquants vivent et donnent sens à leur engagement dans un sport marginal sur les rives du Saint-Laurent.

Ce narratif est la mise en récit d'entretiens réalisés auprès de vingt surfeurs sur la Côte-Nord, aux Îles-de-la-Madeleine et en Gaspésie. Le surf constitue un prisme analytique pertinent par sa capacité à redéfinir les relations à l'océan et à transformer les représentations des espaces maritimes. La vague représente à la fois un lieu tangible et un espace existentiel, où la transformation du « lieu-vague » en « espace-vague » s'opère par l'engagement corporel du surfeur qui sacralise cet espace par sa gestuelle.

Cette mise en récit du vécu océanique, soutenue par des photos prises par les surfeurs eux-mêmes, raconte l'expérience du surf hivernal et interroge le paradoxe de sa démocratisation. Alors que l'essence de la pratique repose sur sa marginalité et un rapport intime à la nature, sa démocratisation menace ces caractéristiques fondatrices.

Résumé du colloque

Ce colloque s’inspire de la remise en question de l’injonction à la diffusion dans la sphère universitaire; laquelle est, entre autres, basée sur le principe d’organisation rationnel du travail caractérisant le capitalisme « moderne » (Berger, 2018). Un principe qui, quoique rigoureux dans sa faculté à produire des connaissances « scientifiquement valides », uniformise et normalise les manières de le restituer au sein d’un champ disciplinaire, envisagé comme seul destinataire du savoir produit (Schurmans et coll., 2014). Heureusement, ces formats de diffusion « traditionnels » de la connaissance tendent à être remis en question, et ce, tout particulièrement dans des disciplines récentes qui s’intéressent à la voix des minorités et des marginalisés (ex. : études féministes, genrées et décolonialistes, intersectionnalité, etc.) et à la place du sensible (ex. : la sensibilité éthique, théories de l’affect et esthétique), et qui portent l’intention de sortir le savoir de la seule sphère universitaire (Bell et coll., 2019; Fotaki et coll., 2017; Fotaki et Pullen, 2024; Gilmore et coll., 2019; Gilmore et Kenny, 2015, Katila et coll., 2023; Meier et Wegener, 2017).

Ces visions alternatives font du corps de la chercheuse l’outil premier de toutes collectes ou analyses de données et tentent de « faire vivre » les ressentis physiques ou affectifs des participantes d’une recherche (Fotaki et Pullen, 2024). Elles tentent entre autres de restituer le sensible par l’ethnographie (Plourde, 2023), l’autoethnographie (Maxwell, 2023), la production d’ambiance (Depeau et Feildel, 2016), les perceptions sonores (Battesti, 2016), l’expérience sensorielle et émotionnelle (Audas et coll., 2024). Ce faisant, elles questionnent la validité, l’objectivité et la neutralité de la restitution des savoirs « désincorporés » (Fotaki et coll., 2017). Cette volonté de retourner au sensible, et à la complexité de ce qui sous-tend ce que nous nommons le « social », permet d’éclairer l’hétérogénéité des relations constitutives de la réalité. Dans cette perspective, un nombre grandissant d’éléments se voient acquérir le rôle d’« acteurs » au sein des dynamiques « sociales » à l’étude, des éléments dont les « voix » sont singulières et qui, par conséquent, nécessitent de « singulièrement » les restituer.

Ce colloque se donne ainsi l’objectif de rassembler les multiples voix scientifiques qui se questionnent sur les difficultés de restitution du savoir en suivant des chemins nouveaux, mais aussi inclusifs d’auditoires externes à la sphère universitaire. Il veut offrir un espace où les notions de corps, de sensible et d’affect se présentent à l’articulation de ces questionnements. La « réincorporation » de la recherche n’appelle-t-elle pas, par sa nouveauté, à s’éloigner des formes de restitution conventionnelle? À écrire autrement? À inventer des formes de restitution? À rejoindre un plus grand nombre d’individus apprenants et participants à la recherche?

Contexte

section icon Date : 9 mai 2025

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