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Marie-Élaine Bourgeosi : Université de l'Ontario français
Les notions d’imaginaire, d’imagination, d’image suscitent depuis longtemps l’intérêt des chercheurs. Pensons à Gaston Bachelard avec La psychanalyse du feu (1938), L’eau et les rêves (1942), La poétique de l’espace (1957); à Gilbert Durand et Les structures anthropologiques de l’imaginaire (1969) ou à Jean-Jacques Wunenburger avec L’imaginaire (1991), La vie des images (1995). Les questions touchant l’inconscient collectif, les archétypes, la mythologie fascinent les universitaires parce que les théories de l’imaginaire constituent « un point d’articulation entre le cerveau et l’esprit, entre les neurones individuels et les créations de la culture. » (Wunenburger, 2022) L’imaginaire décrit ainsi peut certainement être perçu telle une matrice, c’est-à-dire un « milieu dans lequel se développe quelque chose ». (le Robert) Mais ne peut-on pas dire la même chose de l’Intelligence artificielle? Ne constitue-t-elle pas, elle aussi, un espace, un milieu intangible ou quelque chose prend forme, se développe? La communication cherchera d’abord à montrer comment mimesis et poiesis travaillent de concert dans les deux matrices pour ensuite questionner leur interrelation et explorer enfin comment elles peuvent se nourrir l’une de l’autre.
Ce colloque réunit, dans une perspective transdisciplinaire, des spécialistes de sciences humaines et sociales impliqués dans l’évolution de l’intelligence humaine (IH) en contexte IA. Nous plaçons l’échange sous le signe des réalisations en recherche et en enseignement, dont les applications concrètes relient l’université, les collectivités et la société. Le développement de l’IH est loin de susciter le même intérêt et d’engager les mêmes ressources que l’IA, face à laquelle elle se place, sans s’y opposer nécessairement (Barad, Vitali-Roseti). L’IA est institutionnalisée, avec statut de discipline autonome, bénéficiant de ressources substantielles. En revanche, l’IH – aspect fondamental de l’humain – demeure un thème étudié de manière transversale depuis différents champs de savoir, sans bénéficier des avantages réservés à l’IA (Detterman). Nous nous proposons de comprendre cet état de choses en partant du concept moins étudié de l’exosomatisation, processus par lequel l’humain externalise ses attributs et facultés hors corps, dans des objets technologiques (Stiegler, Lotka). Dans le passage du corps humain à la machine, l’IH change de statut. Les outils de la transdisciplinarité, notamment la pensée complexe (Morin) et les niveaux de réalité (Nicolescu), font voir que l’IH n’est plus la voie principale de transposition du Réel, mais un attribut dont la machine copie une partie, que l’on déclare suffisante et à laquelle l’humain se rapporte dorénavant. L’exosomatisation de l’intelligence certifie la refabrication du Réel (Nicolescu, Sadin), où l’origine s’efface, nous plaçant constamment dans la copie d’une copie. Comment l’humain peut-il y demeurer créatif? Quelles actions concrètes permettent le développement de l’IH en contexte IA, dans nos cours, recherches ou initiatives citoyennes? Qu’est-ce qui constituerait un « apprentissage profond humain »? Quels effets sociaux, culturels, politiques et écologiques aurait un développement paritaire de l’IH et l’IA?
Titre du colloque :