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Selma Zaiane-Ghalia : Université de Moncton
L’artiste façonne l’œuvre d’art en même temps qu’il est façonné par elle (Magrin-Chagnolleu, 2017). Qu’advient-il lorsqu’on ajoute un partenaire dans ce processus pour une cocréation qui engage la personne artiste en apprentissage (Strat, 2019) et l’initie à une interaction en communauté avec des personnes adultes ayant des besoins complexes? La cocréation artistique en communauté peut-elle soutenir la créativité humaine et son importance pour le mieux-être de la personne alors que les objectifs des médias sont dirigés sur les créations du robot Ai Da dont un tableau, supposément représentant Alan Turing et titré “AI God. Portrait of Alan Turing” a été acheté le 7 novembre 2024 pour la somme astronomique de 1,124 million de dollars lors d’une vente aux enchères chez Sotheby’s, à New York ? Il s’agit d’une réflexion qui part d’un projet de recherche en apprentissage expérientiel en communauté, qui a amené sept personnes étudiantes d’un cours d’art à créer manuellement des œuvres s’inspirant de moments de partages avec des personnes adultes ayant des besoins complexes (ataxie, paralysie cérébrale, épilepsie, malvoyance, et autres). Nous allons aborder les commentaires et témoignages des personnes étudiantes en lien avec ces œuvres artistiques de création humaines et les émotions qu’elles ont engendrées. Et nous allons parcourir les réseaux sociaux pour voir l’impact des réalisations de Ai Da, présenté comme un robot capable de créer de façon autonome une œuvre dite artistique.
Ce colloque réunit, dans une perspective transdisciplinaire, des spécialistes de sciences humaines et sociales impliqués dans l’évolution de l’intelligence humaine (IH) en contexte IA. Nous plaçons l’échange sous le signe des réalisations en recherche et en enseignement, dont les applications concrètes relient l’université, les collectivités et la société. Le développement de l’IH est loin de susciter le même intérêt et d’engager les mêmes ressources que l’IA, face à laquelle elle se place, sans s’y opposer nécessairement (Barad, Vitali-Roseti). L’IA est institutionnalisée, avec statut de discipline autonome, bénéficiant de ressources substantielles. En revanche, l’IH – aspect fondamental de l’humain – demeure un thème étudié de manière transversale depuis différents champs de savoir, sans bénéficier des avantages réservés à l’IA (Detterman). Nous nous proposons de comprendre cet état de choses en partant du concept moins étudié de l’exosomatisation, processus par lequel l’humain externalise ses attributs et facultés hors corps, dans des objets technologiques (Stiegler, Lotka). Dans le passage du corps humain à la machine, l’IH change de statut. Les outils de la transdisciplinarité, notamment la pensée complexe (Morin) et les niveaux de réalité (Nicolescu), font voir que l’IH n’est plus la voie principale de transposition du Réel, mais un attribut dont la machine copie une partie, que l’on déclare suffisante et à laquelle l’humain se rapporte dorénavant. L’exosomatisation de l’intelligence certifie la refabrication du Réel (Nicolescu, Sadin), où l’origine s’efface, nous plaçant constamment dans la copie d’une copie. Comment l’humain peut-il y demeurer créatif? Quelles actions concrètes permettent le développement de l’IH en contexte IA, dans nos cours, recherches ou initiatives citoyennes? Qu’est-ce qui constituerait un « apprentissage profond humain »? Quels effets sociaux, culturels, politiques et écologiques aurait un développement paritaire de l’IH et l’IA?
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