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Laura Tusa Ilea : Université Babes-Bolyai
Ma conférence abordera la relation entre la manière dont nous nous plaçons en relation avec l’intelligence artificielle et l’ancien problème platonicien de la représentation, tel que souligné par le livre de Mihnea Măruță, L’identité virtuelle (2023). Partant de l’idée que la séduction de l’intelligence artificielle vient de l’illusion de centralité et de pouvoir, je vais également réitérer la menace pour la liberté qu’elle comporte. En se concentrant sur les lignes de faille symboliques explorées par des écrivaines comme Nancy Huston, Ingeborg Bachmann et Elena Ferrante, ma présentation prouvera que les multiples niveaux de sens des langues naturelles, impliquant des ressources « intraduisibles » pour la vérité et la justice, ne devraient pas être réduits aux correspondances transactionnelles d’un hypermoteur puissant. Par ailleurs, le « langage perforant » invoqué par Achille Mbembe, censé créer une « communauté terrestre » (2023), devrait pouvoir exprimer de manière plus créative l’échelle sur laquelle se répand aujourd’hui l’information, grâce à la technologie. Devenant une dernière religion universelle, la technologie implique également l’assèchement des réserves symboliques. Nous pourrions le plus probablement échapper à cet évènement seulement si la parole était encore capable d’exprimer le devenir métabolique du corps planétaire, tel que décrit dans l’œuvre d’Achille Mbembe.
Ce colloque réunit, dans une perspective transdisciplinaire, des spécialistes de sciences humaines et sociales impliqués dans l’évolution de l’intelligence humaine (IH) en contexte IA. Nous plaçons l’échange sous le signe des réalisations en recherche et en enseignement, dont les applications concrètes relient l’université, les collectivités et la société. Le développement de l’IH est loin de susciter le même intérêt et d’engager les mêmes ressources que l’IA, face à laquelle elle se place, sans s’y opposer nécessairement (Barad, Vitali-Roseti). L’IA est institutionnalisée, avec statut de discipline autonome, bénéficiant de ressources substantielles. En revanche, l’IH – aspect fondamental de l’humain – demeure un thème étudié de manière transversale depuis différents champs de savoir, sans bénéficier des avantages réservés à l’IA (Detterman). Nous nous proposons de comprendre cet état de choses en partant du concept moins étudié de l’exosomatisation, processus par lequel l’humain externalise ses attributs et facultés hors corps, dans des objets technologiques (Stiegler, Lotka). Dans le passage du corps humain à la machine, l’IH change de statut. Les outils de la transdisciplinarité, notamment la pensée complexe (Morin) et les niveaux de réalité (Nicolescu), font voir que l’IH n’est plus la voie principale de transposition du Réel, mais un attribut dont la machine copie une partie, que l’on déclare suffisante et à laquelle l’humain se rapporte dorénavant. L’exosomatisation de l’intelligence certifie la refabrication du Réel (Nicolescu, Sadin), où l’origine s’efface, nous plaçant constamment dans la copie d’une copie. Comment l’humain peut-il y demeurer créatif? Quelles actions concrètes permettent le développement de l’IH en contexte IA, dans nos cours, recherches ou initiatives citoyennes? Qu’est-ce qui constituerait un « apprentissage profond humain »? Quels effets sociaux, culturels, politiques et écologiques aurait un développement paritaire de l’IH et l’IA?
Titre du colloque :