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Mattia Scarpulla : Université Saint-Paul
Depuis une vingtaine d’années, différents dispositifs d’intelligence artificielle sont exploités comme langages artistiques et pour penser des recherches universitaires et des modalités pédagogiques. Les processus de production et de création changent progressivement et à jamais, parce que tout autour de nous, tout notre environnement nous envoie des impulsions à faire confiance à l’IA, pour de raisons politiques, économiques et sociales. Pourtant, ma recherche-création se situe à l’extrême opposé : je m’intéresse à l’humanité, dans ce qu’elle possède de défaillant, d’émotif, de déséquilibré, de vulnérable. Depuis une dizaine d’années, je perfectionne une méthodologie transdisciplinaire développée entre études en danse, études littéraires et sciences sociales. Ce parcours de recherche explore des ateliers somatiques d’écriture et des pédagogies privilégiant la rencontre des individus au sein d’une formation collective créative. Durant le colloque, je proposerai un court atelier somatique, pour prendre conscience de sa chair profonde, par des respirations et une gymnastique douce assise. Pendant que les participant·e·s garderont les yeux fermés, je lirai deux extraits de textes sur la relation de IH et IA dans les arts. Dans un deuxième temps, je proposerai aux participant·e·s des questions en lien avec l’exploration corporelle vécue et l’expérience réflexive en cours sur le thème du colloque.
Ce colloque réunit, dans une perspective transdisciplinaire, des spécialistes de sciences humaines et sociales impliqués dans l’évolution de l’intelligence humaine (IH) en contexte IA. Nous plaçons l’échange sous le signe des réalisations en recherche et en enseignement, dont les applications concrètes relient l’université, les collectivités et la société. Le développement de l’IH est loin de susciter le même intérêt et d’engager les mêmes ressources que l’IA, face à laquelle elle se place, sans s’y opposer nécessairement (Barad, Vitali-Roseti). L’IA est institutionnalisée, avec statut de discipline autonome, bénéficiant de ressources substantielles. En revanche, l’IH – aspect fondamental de l’humain – demeure un thème étudié de manière transversale depuis différents champs de savoir, sans bénéficier des avantages réservés à l’IA (Detterman). Nous nous proposons de comprendre cet état de choses en partant du concept moins étudié de l’exosomatisation, processus par lequel l’humain externalise ses attributs et facultés hors corps, dans des objets technologiques (Stiegler, Lotka). Dans le passage du corps humain à la machine, l’IH change de statut. Les outils de la transdisciplinarité, notamment la pensée complexe (Morin) et les niveaux de réalité (Nicolescu), font voir que l’IH n’est plus la voie principale de transposition du Réel, mais un attribut dont la machine copie une partie, que l’on déclare suffisante et à laquelle l’humain se rapporte dorénavant. L’exosomatisation de l’intelligence certifie la refabrication du Réel (Nicolescu, Sadin), où l’origine s’efface, nous plaçant constamment dans la copie d’une copie. Comment l’humain peut-il y demeurer créatif? Quelles actions concrètes permettent le développement de l’IH en contexte IA, dans nos cours, recherches ou initiatives citoyennes? Qu’est-ce qui constituerait un « apprentissage profond humain »? Quels effets sociaux, culturels, politiques et écologiques aurait un développement paritaire de l’IH et l’IA?
Titre du colloque :