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Parler en rivières. Cartographie sensorielle et transformations territoriales

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Nicolas Cadieux : Université d'Ottawa

Résumé de la communication

Dans le cadre d’un projet de recherche mandaté par Canot Kayak Québec, les auteurs ont été
chargés d’enrichir la cartographie de la Route Bleue — un réseau récréotouristique de parcours
pagayables au Québec. Lors de deux expéditions en canot menées sur les rivières Noire et
Coulonge, ils ont documenté les traces des draveurs et les vestiges de l’industrie du bois aux 19e
et 20e siècles pour les intégrer aux cartes utilisées par les canoteurs.
Ces expéditions ont fait émerger l’idée d’une « ethnographie embarquée » : il a fallu apprendre à
manier le canot, vivre au rythme de la rivière, percevoir autrement le territoire. Le canot devient
un médium sensoriel et technique, modulant notre relation au paysage. Inspirés par l’« écologie
des lignes » (Ingold, 2015), nous explorons comment l’apprentissage de la navigation révèle un
réseau de lignes qui traversent chercheurs et territoire. Naviguer devient un geste d’inscription,
un tissage d’attachements : mémoire du balancement, pauses sur les rives, feu, mouches, froid,
peur des rapides.
Comment cette expérience, entre technique et sensorialité, reconfigure-t-elle la cartographie en
tant que méthode ? Plutôt qu’un savoir figé, nous proposons un (contre)récit de voyage sensoriel,
retraçant à la fois notre itinéraire et nos transformations internes. En détournant les codes du récit
d’exploration, nous souhaitons produire le récit d’une rencontre riveraine, un acte de partage
orienté vers la réciprocité avec nos guides, humains ou non.
Mots-clés: Ethnographie embarquée, Cartographie sensorielle, (Contre)récit de voyage, Écologie des lignes, Attachements.

Résumé du colloque

Ce colloque s’inspire de la remise en question de l’injonction à la diffusion dans la sphère universitaire; laquelle est, entre autres, basée sur le principe d’organisation rationnel du travail caractérisant le capitalisme « moderne » (Berger, 2018). Un principe qui, quoique rigoureux dans sa faculté à produire des connaissances « scientifiquement valides », uniformise et normalise les manières de le restituer au sein d’un champ disciplinaire, envisagé comme seul destinataire du savoir produit (Schurmans et coll., 2014). Heureusement, ces formats de diffusion « traditionnels » de la connaissance tendent à être remis en question, et ce, tout particulièrement dans des disciplines récentes qui s’intéressent à la voix des minorités et des marginalisés (ex. : études féministes, genrées et décolonialistes, intersectionnalité, etc.) et à la place du sensible (ex. : la sensibilité éthique, théories de l’affect et esthétique), et qui portent l’intention de sortir le savoir de la seule sphère universitaire (Bell et coll., 2019; Fotaki et coll., 2017; Fotaki et Pullen, 2024; Gilmore et coll., 2019; Gilmore et Kenny, 2015, Katila et coll., 2023; Meier et Wegener, 2017).

Ces visions alternatives font du corps de la chercheuse l’outil premier de toutes collectes ou analyses de données et tentent de « faire vivre » les ressentis physiques ou affectifs des participantes d’une recherche (Fotaki et Pullen, 2024). Elles tentent entre autres de restituer le sensible par l’ethnographie (Plourde, 2023), l’autoethnographie (Maxwell, 2023), la production d’ambiance (Depeau et Feildel, 2016), les perceptions sonores (Battesti, 2016), l’expérience sensorielle et émotionnelle (Audas et coll., 2024). Ce faisant, elles questionnent la validité, l’objectivité et la neutralité de la restitution des savoirs « désincorporés » (Fotaki et coll., 2017). Cette volonté de retourner au sensible, et à la complexité de ce qui sous-tend ce que nous nommons le « social », permet d’éclairer l’hétérogénéité des relations constitutives de la réalité. Dans cette perspective, un nombre grandissant d’éléments se voient acquérir le rôle d’« acteurs » au sein des dynamiques « sociales » à l’étude, des éléments dont les « voix » sont singulières et qui, par conséquent, nécessitent de « singulièrement » les restituer.

Ce colloque se donne ainsi l’objectif de rassembler les multiples voix scientifiques qui se questionnent sur les difficultés de restitution du savoir en suivant des chemins nouveaux, mais aussi inclusifs d’auditoires externes à la sphère universitaire. Il veut offrir un espace où les notions de corps, de sensible et d’affect se présentent à l’articulation de ces questionnements. La « réincorporation » de la recherche n’appelle-t-elle pas, par sa nouveauté, à s’éloigner des formes de restitution conventionnelle? À écrire autrement? À inventer des formes de restitution? À rejoindre un plus grand nombre d’individus apprenants et participants à la recherche?

Contexte

section icon Date : 9 mai 2025

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