Résumé du colloque
La distribution de l’Hepatica acutiloba DC. dans le Québec est en grande partie restreinte aux basses terres du Saint-Laurent, du cap Tourmente aux limites ouest de la province. Cette espèce ne se rencontre ni sur le Bouclier Canadien ni sur cette partie de la chaîne appalachienne qu'on appelle les monts Notre-Dame, quoiqu’elle soit représentée sur le massif des Deux-Montagnes et sur plusieurs collines monterégiennes : monts Royal, Johnson, Yamsaka et Shefford. On la trouve aussi dans les vallées de plusieurs affluents du grand fleuve, bien que ces vallées soient creusées en partie dans les deux formations précitées. Ainsi, le long de la rivière Outaouais, elle remonte jusqu’à Norway Bay ; dans les vallons des tributaires de cette rivière, elle a été trouvée à Cantley et à Ironside, rivière Gatineau, à Buckingham, rivière du Lièvre. Dans la vallée du Saint-Maurice, elle atteint Grand-Mère. Le long du Saint-François, on la retrouve jusqu’à Cleveland, comté de Richmond.
Son habitat hautement préféré dans cette aire de distribution est la forêt décidue représentée dans la province de Québec par le climat Acertum saccharophori. Ce n’est qu’exceptionnellement qu’elle croîtra dans un sous-climax comme le Populetum tremuloidis ou dans un préclimax comme le Pinetum Strobi. Même dans ces deux derniers cas, elle n’aura de chance de survie qu’à la condition que ces associations sous-climaxique et préclimaxique évoluent rapidement vers le climat érablière. De plus, elle s’accommodera très rarement des conditions où la laisseront le bûchage et l’éclaircissage. Elle est un peu plus tolérante du côté des conditions créées par la paisance.
La préférence presque exclusive manifestée par l’Hepatica acutiloba pour l’Acertum saccharophori, du moins dans le Québec, s’explique par les hautes exigences mésiques de cette hémicryptophyte. C’est là qu’elle trouve l’optimum des conditions de lumière, d’humidité, de sol, de drainage, nécessaires à sa germination, à son développement complet et à sa conservation.
La couche d’humus provenant de la décomposition des feuilles mortes et des débris végétaux et animaux sous l’action des bactéries semble être nécessaire à la germination de cette plante. Si, quelquefois, on la rencontre sur des pentes assez abruptes où la couche d’humus est très mince, c’est qu’elle a profité de certains biotopes favorables pour s’établir dans ces habitats précaires. Ainsi, une accumulation d’humus entre deux roches, ou entre un caillou et un tronc d’arbre, ou à la base des arbres dans la bifurcation des racines maîtresses, constitue un milieu propice pour l’établissement de cette plante.
Mais ces cas, sans être exceptionnels, demeurent cependant assez rares. C’est dans une couche d’humus de quatre à six pouces que l’on rencontre ordinairement l’hépatique à lobes aigus. Le système radiculaire très développé traverse alors ce premier horizon et plonge dans l’horizon A1, là où la matière organique est mêlée à la matière minérale.
La plante est indifférente à la structure et à la texture de la roche-mère, qui peut être argileuse, sablonneuse, graveleuse, rocailleuse, schisteuse ou rocheuse. Sur l’Île Perrot, comté de Vaudreuil-Soulanges, et dans les comtés de Châteauguay et de Huntingdon on la trouve très bien établie entre des blocs gréseux ou conglomératiques; à Howick, dans le comté de Châteauguay, elle a été même remarquée poussant sur un bloc conglomératique gréseux, dans une très mince couche d’humus. À maints endroits, elle croît dans des poches humifères à proximité de formations calcaires ou dolomitiques. À Notre-Dame-du-Bon-Conseil, comté de Richmond, à Saint-Joachim, comté de Montmorency, et à Rougemont, comté de Rouville, elle est fixée sur une roche-mère schisteuse, tandis que, près de la pinière d’Oka, comté des Deux-Montagnes, elle pousse sur un sol sablonneux.
Mais si l’Hepatica acutiloba se montre indifférente quant à la nature, à la texture et à la structure de la roche-mère, il n’en est pas de même de ses exigences quant à l’acidité du sol. Bien qu’il puisse persister dans un sol dont la réaction du pH varie de 5.2 à 8.6, son maximum d’occurrence se produit cependant dans des sols dont le pH se maintient aux environs de 6.8, c’est-à-dire entre 6.2 et 7.4. C’est donc une espèce neutrophile sténoionique.
La figure représente la distribution de la valeur du pH dans vingt et un individus d’association (stands) où croît l’Hepatica acutiloba. Des quatre-vingt-dix-neuf échantillons de sol, la plupart ont été prélevés autour des racines de l’hépatique elle-même dans des stations disséminées à travers l’aire de l’espèce dans la province.
Des observations faites dans plusieurs Aceretum saccharophori et dans un Pinetum Strobi presque complètement évolué vers le climax érablière montrent que la germination de l’Hepatica acutiloba se réalise avec un fort pourcentage dans des sols humifères neutres ou presque. Si l'on excepté deux mesures qui ont donné respectivement un pH de 6.2 et 6.4, les variations à la surface de ces sols sous la litière de feuilles mortes, là où s'accomplit la germination, oscillent entre 6.6 et 7.4.
Les érablières établies sur le Bouclier Canadien et dans les Cantons de l'Est, ainsi qu'un certain nombre de celles des basses terres du Saint-Laurent, ne présenteraient pas les conditions favorables au point de vue du pH pour l'établissement de l'Hepatica acutiloba ; c'est ce qui expliquerait, du moins en partie, son absence en ces endroits. On sait de plus que, probablement pour la même raison, cette espèce ne se rencontre pas dans les massifs précambriens des Adirondacks et du Wisconsin.
En résumé, l'Hepatica acutiloba est une espèce sylvestre d'habitat mésique qui ne réussit dans le Québec que dans les sols humifères bien évolués et presque neutres de l'association Aceretum saccharophori.
Contexte

Hôte :
Université Laval