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Analyse sémiolinguistique de sites Internet d'entreprises françaises

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Christiane Legris-Desportes

Résumé du colloque

On assiste en France, depuis environ deux ans, à une augmentation considérable des sites web permettant aux entreprises de présenter leur offre de services, de concilier différentes stratégies (le développement d'un capital de notoriété, du capital identitaire et les divers niveaux de stratégies marketing). Cette "explosion" de sites intervient chez nous dans un environnement longtemps dominé par une culture minitel (faible interactivité, pauvreté graphique, et sémiotique de l'écrit dominante). De ce fait, publicitaires, éditeurs de sites, concepteurs graphiques, informaticiens et même utilisateurs font preuve d'une relative ingénuité face aux potentiels d'expressivité des langages multi-médias. S'il est évident que des compétences spécifiques (informatiques, de conception graphique, ...) sont d'emblée sollicitées par la création d'un site et, on peut le supposer, maîtrisées a minima, les dimensions sémantique et symbolique, elles, sont beaucoup plus difficilement "gérées". C'est ainsi que l'entreprise communique sur elle-même parfois plus qu'elle ne le pense, ou parfois autrement : les sites ne sont pas seulement vecteurs d'une image institutionnelle, ils renseignent sur les représentations internes des métiers, des savoir-faire, voire des stratégies sous-jacentes. En parallèle, la relation symbolique instaurée avec l'utilisateur, le client, se construit via les scénarios de navigation, les offres d'interactivité (jeu, simulation de décision, questionnaires clients, offre de contacts, ...) qui participent tout autant que les rhétoriques à des inférences, des inductions, des représentations... Contrairement à des opérations de communication plus classiques car reposant sur des combinaisons sémiotiques davantage circonscrites, l'internet met en œuvre des réseaux d'information impossibles à épuiser (du fait de la structure associative de l'information, des liens hypertextuels et de l'imprévisibilité des parcours de lecture). Au regard de ces éléments, il est donc inévitable que les entreprises s'interrogent quant au pouvoir communicationnel de leur site, et s'intéressent à des évaluations de site d'inspiration sémiolinguistique et sociologique. Notre étude de sites s'est inscrite dans ce cadre, visant à diagnostiquer d'éventuels dysfonctionnements et leur origine. La première partie de notre présentation portera sur les résultats de cette étude opérationnelle (montrant, par exemple, le poids des logiques de conception). Ce travail nous a également conduites à isoler des processus de mise en forme de contenus. L'inscription dans des systèmes plurisémiotiques et multimodaux constitue leur caractéristique dominante. La construction des sites obéit à un principe de profusion : linguistique, iconique, interactivité, alternance des registres de discours (ludique, informatif, ...), etc. Cette profusion s'appuie essentiellement sur le visible. Elle recourt également à l'audible de façon marginale (les possibilités des concepteurs sont limitées par la qualité du parc informatique national). Le tactile reste un mode central puisqu'il conditionne, par la souris, les scénarios de navigation; par ailleurs, il est métaphoriquement reconstruit sur l'écran par la médiation des pointeurs. La profusion se manifeste encore dans les situations de "mixité sémiotique". Revendiquée par les concepteurs de sites, ou a minima présentée comme une qualité essentielle, cette variété sémiotique passe pour la meilleure expression d'un marketing individualisé, personnalisé : chaque cible potentielle est censée trouver une réponse à sa requête. Or, l'analyse des mécanismes producteurs de sens, leur décryptage, montre la nécessité d'un processus de réduction modale. Nous développerons également cette notion de réduction modale, non pas comme un processus considéré en réception mais comme un effet du fonctionnement polysémiotique des sites.

Contexte

host icon Hôte : Université d’Ottawa

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