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Résumé du colloque
Religieuse défroquée, répertoriée dans les registres de la police et défrayant la chronique scandaleuse du temps, Anne-Marie de Fauque (1720-1773) se signale par une œuvre paradoxale où les romans de type sentimental côtoient les écrits séditieux ou d'actualité. Son intelligence, sa lucidité cynique parfois transparaissent dans les réflexions à la Marivaux dont elle émaille volontiers sa production romanesque, qui, malgré un goût prononcé pour les sentiments extrêmes et les situations scabreuses, se démarque peu, finalement, de la production moyenne contemporaine. Après un départ forcé pour l'Angleterre, elle devient, à l'instar de Mme Leprince de Beaumont, préceptrice auprès d'enfants de bonnes familles anglaises; elle écrira à cette occasion des « Dialogues moraux » bilingues qui n'ont pas la mièvrerie des « Magasins » de sa rivale. Mais elle signale son séjour anglais surtout par la parution de deux textes qui firent tous deux sensation, bien que pour des raisons différentes. Dans la « Dernière guerre des bêtes », Mlle de Fauque traite de la guerre de Sept ans sous couvert d'une fable où les coalisés revêtent les traits de divers animaux. À en juger par le nombre élevé d'éditions qu'on trouve encore aujourd'hui dans les grandes bibliothèques canadiennes, ce pamphlet, paru tantôt avec tantôt sans clé, bénéficia de plusieurs tirages et obtint un succès considérable. Elle y dénonce avec une lucidité acerbe l'appât du gain et les mobiles peu reluisants qui ont présidé à la naissance de ce terrible conflit. Mais le texte qui donne la pleine mesure de l'audace et de l'indépendance d'esprit de l'ex-religieuse est une « Histoire de Mme de Pompadour » (1758), presque introuvable aujourd'hui, sauf dans sa traduction anglaise. Ce texte scandaleux, dont Louis XV essaya d'endiguer la diffusion en faisant racheter les exemplaires pour les détruire, était bien connu de Voltaire et fut lui aussi célèbre en son temps. Sous couleur d'un portrait peu flatteur de la favorite, c'est la corruption omniprésente du milieu de la Cour qui s'y trouve crûment représentée. L'audace, la malignité évidentes de cette œuvre qui ressemble à un règlement de comptes justifient les réticences de Mme de Fauque à réintégrer sa partie où elle revint pourtant finir tragiquement ses jours par un suicide en 1773. En dépit de son disparate et de son inégalité, l'œuvre de Mme de Fauque apparaît comme un exemple frappant de la diversité des intérêts et du degré possible d'implication dans l'actualité dont se sentaient capables les écrivaines du XVIIIe siècle malgré les dangers que pouvait représenter pour les femmes l'activité littéraire. Nous nous attacherons à montrer en même temps, que malgré son audace, l'œuvre pamphlétaire de Mme de Fauque porte la marque des diverses contraintes et limites alors inhérentes à la pratique féminine de l'écriture.
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