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Résumé du colloque
Nous appuyant sur l'analyse de deux films particuliers, Rear Window d'Alfred Hitchcock (USA, 1954) et Shining de Stanley Kubrick (USA, 1980), nous nous proposons dans cette communication de questionner l'incidence de nos manières de voir (dans) la fiction sur la constitution des savoirs théorique et pratique utilisés aussi bien pour la saisie des films, que pour appréhender et décider de notre rapport au monde. Nous remarquerons d'abord que ce qui, de manière générale, s'avère le moins supportable pour le spectateur au cinéma, est moins le fait de tout voir ce qu’il voit (il n'en voit jamais assez pour satisfaire son désir de savoir), que de devoir assumer le fait qu’il ne puisse être le seul à le faire. Depuis l’institutionnalisation des débuts du cinéma (Burch, 1991), une place privilégiée a été consacrée au spectateur. Et de cette place, véritable lieu de pouvoir, ce dernier refuse à ce(lui) qu’il regarde le pouvoir de voir dont il fait lui-même usage. Pour Christian Metz (1977), en effet, les succès du cinéma reposent en grande partie sur cette prérogative du "sujet tout-percevant". Or, ce pouvoir absolu du spectateur se trouve pourtant remis en cause dès que ce dernier n’occupe plus la position ludique et privilégiée de l’observateur extérieur. C’est que le regard est de nature politique, et que la conséquence de son exercice se trouve dans l’impuissance de l’objet observé. Le pouvoir, on le voit, a une portée cognitive, et la perspective de son action se trouve déjà contenu dans cette "volonté de savoir" qui l’anime, mais aussi dans ce désir de voir qui le paralyse. Permettre au spectateur de voir les personnages sans que ces derniers ne le voient en retour, tel serait pour l'essentiel le contrat que respecte le cinéma (de fiction) depuis qu'il a entrepris de raconter des histoires. Or, le lieu où le spectateur exerce ce pouvoir de surprendre se trouve à illustrer, tout en les maximisant, la nature (visuelle et sonore) et la portée (pratique et politique) du dispositif cinématographique. À l’instar du panoptique (dispositif permettant de voir sans être vu), la salle obscure crée en effet les conditions matérielles pour l’exercice d’un regard qui produit du savoir et donne du pouvoir à celui qui l’exerce. Mais, afin de pousser l’enquête (en savoir plus pour mieux comprendre le film, ou pour en faire davantage avec lui), il oblige ce dernier à traverser l’espace labyrinthique qui le sépare de ce(lui) qu’il observe pour trouver des indices permettant de vérifier ses hypothèses sur le sens du film. Cet espace à parcourir est celui de la représentation ou celui de sa mise en question. Dans tous les cas, il est l'occasion de la métamorphose du personnage au terme de son parcours narratif, ou du spectateur (et/ou de l'auteur) au terme de l'expérience esthétique. Dans le premier cas, le personnage occupe l'espace oublié et divisé qui marque la distance entre l'observateur et l'observé; dans le second, le spectateur s'inscrit ou souscrit au renversement du dispositif (faisant de l'écran un projecteur et du spectateur un écran) qui lui renvoie dès lors l'image de son propre regard. Cet espace apparaît donc comme celui de l’interprétation, l'occasion d'une rencontre, ou de son évitement, le lieu de l'acceptation ou du refus de la différence, bref, le lieu du questionnement éthique.
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