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Résumé du colloque
La sexualité des adolescentes a de tout temps constitué un objet de panique sociale. Des chevilles trop dévoilées aux apprenties porn-star de douze ans, l’histoire montre combien la sexualisation du corps des femmes affole et terrifie le corps social. Ce qui semble nouveau toutefois, à l’ère du disembodiement et d’une précocité sexuelle bien réelle, est la fabrication par les adolescentes elles-mêmes de leur propre sexualité et de celle de leur paires en objets de frayeur, de danger… de risque. À la suite d’un terrain de recherche réalisé avec des jeunes filles québécoises de classe moyenne, il a été fascinant de constater deux choses : 1) D’abord, à quel point le discours de santé publique concernant les « risques sexuels » était efficace et intégré; ce discours se concrétisant dans le récit des adolescentes par le construction de trois « dangers » liés à la sexualité : la nudité du corps brut avec ses sécrétions contaminatrices (remédiable par l’hygiénisation), le désir irrépressible et irresponsable des garçons (à contrer par un redoublement de vertu morale et « sanitaire ») et enfin la peur de la « faille » dans les multiples couches du système de protection de soi érigé par et pour les adolescentes (du condom à la réputation). 2) Il a aussi été étonnant de se rendre compte qu’il existait un clivage énorme dans cette adhésion au discours du risque entre les adolescentes de moins de 14 ans et celles de plus de 15 ans, les secondes ayant magistralement intégré le discours du risque et de la pathologisation sexuelle alors que les premières, tout autant préoccupées de sexualité, semblent parler plus spontanément d’éventuels aspects positifs de la sexualité. Pourrait-on se demander si le cours de biologie de troisième secondaire, dans le cadre duquel sont abordées à la fois la physiologie reproductive et « l’hygiène sexuelle » constitue l’une des plus puissantes causes de ce clivage dans le groupe interrogé, puisque le cours combine l’autorité institutionnelle au pouvoir de la Vérité biomédicale. Les cours de formation personnelle et sociale, qui présentaient des perspectives plus psychosociales sur la sexualité, ayant été éliminés presque partout au Québec, l’éducation sexuelle des adolescent(e)s à l’intérieur du cadre scolaire semble principalement de nature biomédicale, ce qui apparaît cohérent avec une mouvance culturelle générale. Ainsi, si la sexualité adolescente est construite en objet de risque et de danger, n’est-elle pas d’abord et avant tout constituée en objet de risque et de danger biologique, pathologique, en enjeu de santé publique. Peut-être alors le délaissement des considérations psychosociales au profit d’une surveillance et d’une auto-surveillance surtout biomédicales expliquerait-il en partie la grande complexité des sexualités adolescentes contemporaines?
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