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Clôture, rebours et dégradation. Formes-sens et figurations du temps dans Le Tombeau des rois

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Lucie Bourassa

Résumé du colloque

Ce travail s’inscrit dans un ensemble d’analyses des formes-sens de la temporalité dans la poésie moderne, qui approfondissent, entre autres, un moment critique de Temps et récit de Paul Ricœur, celui où le philosophe, reconnaissant les limites du récit face aux apories du temps, propose que le mode lyrique du discours vienne relayer le narratif défaillant, en opposant à l’infigurable des métaphores et un « chant », celui de la plainte et de la louange. Je propose d’élargir la définition de ce « chant » au déploiement de la parole (rythme, phénomènes de cohésion et de progression textuelle), dans lequel se manifestent, à la lecture, des tensions temporelles enchevêtrées. Je m’intéresse aux interactions qui se nouent entre cette dynamique et divers autres paliers de structuration et de représentation du temps dans les textes (aspects, temps verbaux, isotopies et métaphores temporelles, narration). Dans la présente communication, j’essaierai d’illustrer quelques éléments de cette méthode par une lecture du Tombeau des rois, d’Anne Hébert. Voici, brossées à gros traits, quelques hypothèses préliminaires, que l’analyse plus approfondie du recueil m’amènera à approfondir, sans doute à rectifier par endroits. Dans sa préface à Mystère de la parole, Anne Hébert affirme que « [l]e poème s’accomplit à ce point d’extrême tension de tout l’être créateur, habitant soudain la plénitude de l’instant, dans la joie d’être et de faire. Cet instant présent, lourd de l’expérience accumulée au cours de toute une vie antérieure, est cerné, saisi, projeté hors du temps » (p. 69). On retrouve là un rêve commun à beaucoup de poètes modernes, celui de se tenir dans « le temps soustrait au temps » (du Bouchet), dans un présent extatique (Collot), hors de la fuite, du temps compté, ainsi que du temps historique. Dans Le Tombeau des rois, dont l’écriture et l’univers sont, on le sait, assez éloignés de ceux que l’on trouvera dans Mystère…, apparaissent plusieurs figures d’une sortie hors du temps, plus précisément de ce que j’appellerai, provisoirement, d’un temps immobilisé. Les références au temps calendaire (donc, a fortiori, au temps historique) sont pratiquement absentes. Le temps cosmique apparaît souvent sous un aspect statique : des indications tels que « jour », « nuit », « saisons » apparaissent dans des compléments de lieu (« Elle est assise au bord des saisons », p. 21), s’inscrivent dans des métaphores ou une isotopie spatiales (« La nuit/Le silence de ma nuit/m’entoure », p. 24). Au contraire de ce que laissait entrevoir le poème initial, où cette spatialisation du temps s’associait à l’inchoativité, au possible, à l’ouverture d’un seuil, l’immobilisation, dans l’ensemble de la suite, apparaît plutôt dysphorique, le présent est « redoutable » (p. 27). Dans la syntaxe, les vers, les strophes, les tensions d’avenir (protensions) sont peu nombreuses et se soldent sur un mouvement vers le passé ou une finale à valeur négative. Dans la grammaire et la sémantique, le futur se conjoint à la clôture ou à la répétition. Dans la narration, enfin – car de nombreux éléments de récit, fragmentaires, composent ces poèmes – apparaissent deux principaux types de progression : un mouvement vers l’avenir, où dominent la destruction ou la dégradation; une réouverture du passé, à rebours, qui n’en est pas la reconstruction mais le saccage.

Contexte

manager icon Responsables :
Anne Ancrenat
host icon Hôte : Université du Québec à Montréal

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