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Crise identitaire en formation des enseignants et rapport au temps

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Claudine Blanchard-Laville

Résumé du colloque

Des entretiens auprès d'étudiants durant leur année de formation professionnelle témoignent du fait que les interviewés ont le sentiment que "la rencontre formative" ne se fait pas véritablement. Les étudiants et les professeurs-stagiaires évoquent de multiples décalages entre leurs attentes, qu'ils réussissent cependant très peu à expliciter concrètement, et les différents modes de formation qui leur sont proposés, décalage entre formation au concours et formation au métier par exemple pour les étudiants, décalage entre théorie et pratique le plus souvent pour les professeurs stagiaires. L'enseignant en formation prend contact avec un métier qu'il connaît de la place d'élève et qu'il doit inventer et comprendre du côté de l'enseignant. Il se retrouve face à cet enfant-élève qu'il était, qui resurgit et auquel il répond par des attitudes réactionnelles pas toujours conscientisées. L'analyse clinique des discours des étudiants en première année d'IUFM fait apparaître qu'ils traversent une crise identitaire au plan psychique durant leur temps de formation. Les reproches qu'ils adressent aux formateurs et à la formation peuvent ainsi s'interpréter en partie comme l'expression de leur "mal être" et de leur difficulté à vivre cette crise. La manière dont ils sont à la recherche de repères montre qu'ils ne peuvent plus s'appuyer sur ceux de leur environnement étudiant mais qu'ils n'ont pas encore trouvé comment les remplacer. Les stratégies identitaires inconscientes qu'ils mettent en œuvre pour faire face à la crise permettent d'entrevoir une partie de leurs difficultés à vivre ce qui leur est proposé dans la formation. Le temps de formation constitue une étape mutative décisive pour la construction de l'identité professionnelle future. Or, la logique des remaniements psychiques nécessaires à la remise en chantier identitaire entre le plus souvent en conflit avec la logique organisationnelle de l'institution. Cela se traduit notamment dans le rapport au temps de formation des professeurs stagiaires. Là s'exprime une plainte insistante concernant le découpage temporel effectué par l'institution. Cette plainte peut être comprise comme une émergence de la difficulté à renoncer à des repères identificatoires issus du passé pour aller vers la construction de repères encore inconnus. Elle se traduit en particulier par une demande de savoirs qui garantiraient contre le risque d'un avenir imprévisible. Or il s'agirait justement de renoncer progressivement et en partie à ces garanties anciennes pour supporter la prise de risque constitutive du métier d'enseignant. Les formés qui vivent très inconfortablement ce temps de latence imaginent que l'on pourrait en faire l'économie.

Contexte

manager icon Responsables :
Christian Alin
host icon Hôte : Université de Montréal

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