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Dépendre de soi : l'usage au long cours des psychotropes

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Philippe Le Moigne

Résumé du colloque

Les caractérisations neurophysiologiques, psychiatriques ou psychologiques de l'usage au long cours des médicaments psychotropes hésitent entre quatre perspectives : 1) elles reconnaissent sa légitimité en raison de l'amélioration suscitée par la médication, devant le caractère constitutionnel du trouble mental et la nécessité de prévenir sa récidive; 2) elles dénoncent cette forme de consommation sous le terme d'un détournement d'usage qu'elles imputent à des personnalités marginales; 3) elles soulignent, dans le cadre d'une formulation renouvelée de l'antipsychiatrie, l'induction biochimique de la dépendance chez ceux qui présentent un terrain favorable à ce genre de dérive ; 4) ou bien elles rapportent cet attachement à une élaboration mentale, proprement subjective. L'investigation sociologique associerait plutôt l'usage chronique au résultat d'une équation complexe entre l'effet neurophysiologique des substances, les conditions d'existence des personnes et leur vie relationnelle. En effet, l'usage est souvent chronique lorsqu'il permet à l'usager d'affirmer sa maîtrise non seulement devant la maladie mais face à l'entourage, notamment par un contrôle sans partage sur le produit. Il y est question du maintien voire d'une libération de l'autonomie personnelle, soit là encore, mais d'une autre manière, d'un procédé visant à marquer la dépendance à soi. Étrange destin que celui d'un produit censé remédier à un dysfonctionnement individuel, et qui paraît servir dans les faits l'affirmation d'une plénitude subjective ou d'une fidélité à soi, comme si psychiatres et usagers se disputaient à travers lui les preuves ultimes de l'individualité.

Contexte

manager icon Responsables :
Johanne Collin
host icon Hôte : Université du Québec à Montréal

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