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Discours sur le corps et discours du corps dans le roman de la première moitié du XVIIIe siècle français

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Paul Fortier

Résumé du colloque

Dans la première moitié du XVIIIe siècle, celle des Égarements du coeur et de l'esprit, de Manon Lescaut, de La Vie de Marianne ou du Paysan parvenu, un phénomène récurrent et pour le moins étrange se produit dans le roman français: le corps disparaît. On remarque en effet que les auteurs renommés, qu'ils s'appellent Crébillon, Prévost ou Marivaux, comme à la suite d'un accord tacite, dépossèdent ni plus ni moins leurs protagonistes de toute qualité matérielle. Ils mettent en scène des silhouettes sans relief, sans dimensions ni formes précises. De la couleur de leurs yeux ou de leurs cheveux, de la longueur du nez ou de la largeur du menton, le lecteur ne sait pratiquement rien. Lorsque le narrateur dit d'un valet qu'il a «bonne mine», d'une jeune dame qu'elle possède «une physionomie douce» ou d'une dévote qu'elle est «grande et bien faite», il a beaucoup dit. Si le roman parle peu du corps, en revanche, il fait dire au corps bien des choses; alors que le discours sur le corps est muet, le discours du corps est, quant à lui, fort bavard, voire indiscret. Partant de la théorie du «discours social», nous pensons, comme Marc Angenot, que ces énoncés du corps ne sont pas à traiter comme des paroles isolées, qu'ils ne se suffisent pas à eux-mêmes et qu'une lecture strictement immanente ne permet pas d'en cerner la signification. Nous croyons plutôt qu'ils sont inévitablement pénétrés des «visions du monde», des «tendances» et «des théories» contemporaines; qu'ils sont liés à la conjoncture des discours, scientifiques, rhétoriques, philosophiques, épistémologiques ou esthétiques qui vibrent dans l'univers discursif de leur époque. Au moyen d'une approche pluridisciplinaire, c'est cette conjoncture que nous essayons de reconstituer d'abord, avant d'avancer les prémisses d'une interprétation.

Contexte

host icon Hôte : Université Laval

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