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Douleur exquise. Sophie Calle et les fins de la mélancolie

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Marina Van Zuylen

Résumé du colloque

L'oeuvre de Sophie Calle tourne inlassablement autour du rejet amoureux. Désertion, abandon, et oubli hantent son univers obsessionnel. La situation sans issue est au coeur de sa production artistique. Dans La Filature, elle poursuit sans succès dans Venise un individu qu'elle connaît à peine et dans No Sex Last Night elle retrace une lune de miel chaste. Douleur exquise, l'exemple que j'examinerai dans ce colloque, évoque le « pire jour de sa vie », une rupture amoureuse qu'elle prolonge en demandant à des inconnus de raconter leur version d'une souffrance personnelle intolérable. Difficile, pourtant, de confondre cette thématique du désir toujours déçu avec une esthétique de la mélancolie. Certes, Calle met la douleur au centre de ses histoires vraies, mais elle exhibe cette absence non pas pour s'en griser, mais pour la supplanter par un travail de deuil qui finira par évacuer le négatif au profit d'un monde rapiécé par l'acte même de représentation. S'il y a un art du deuil, c'est de savoir exhumer et maîtriser une souffrance par l'art. Pour Giorgio Agamben, le mélancolique sait simultanément assimiler et fourvoyer sa douleur. Calle fait alterner sur les murs de l'exposition Douleur exquise le roman-photo de sa débâcle amoureuse avec des panneaux où est brodé le sommaire de son histoire. Mais de mur en mur, les mots brodés rapetissent, s'estompent et deviennent illisibles, comme si la douleur avait été exorcisée par la transcription et la répétition. Comme l'a démontré Kristeva, cette transmutation de la douleur en objet d'art ne peut émerger que lorsque la douleur a été répudiée. Cette communication prêtera une attention toute particulière au mécanisme de cette répudiation.

Contexte

host icon Hôte : Université du Québec à Montréal

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