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Écrire le viol

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Laure Coret

Résumé de la communication

Ce sont les mots de ''Rwanda 94, une tentative de réparation symbolique envers les morts à l’usage des vivants'' du Groupov. Plus précisément ceux mis en scène pour rappeler la pudeur même d’une langue, dans la bouche de Kamali, expert linguiste, répondant à la journaliste Bee Bee Bee sur les paroles énigmatiques de fantômes électroniques rwandais qui, un an après le génocide des Tutsi du Rwanda, envahissent les ondes à coups de proverbes. La parole de l’extrême a du s’inventer, après l’extermination d’un million d’êtres humains, jusque dans la construction lexicologique. Ainsi, le terme ''itsembabwoko'', génocide, pour dire génocide, mot valise accolant ''itsemba'', massacre, et ''ubwoko'', terme qui précédait, dans un abus sémantique qui désigne déjà le processus génocidaire de découpage de la population, la mention hutu, tutsi et twa sur les cartes d’identité rwandaises depuis les années 1930. On sait aujourd’hui qu’il n’y a jamais eu qu’une seule ethnie au Rwanda, les ''banyrwanda'', qui partagaient la même langue, la même culture et la même religion. Le reste est affaire de discours. Il a donc fallu inventer des mots, et forcer cette pudeur. Je crains qu’aujourd’hui il existe en kinyarwanda un terme pour désigner le viol. Comme le dit Kamali, «la chose existe». Il semble qu’elle ait été l’acte achevé du génocide. Il semble qu’elle ait servi à inscrire la volonté génocidaire, l’acte génocidaire jusque dans le corps de sa victime totale certes, mais des rescapés aussi.

Résumé du colloque

Nous espérons compter sur la présence de deux conférenciers de marque: Hélène Piralian, psychanalyste et spécialiste sur la question de la transmission transgénérationnelle du traumatisme post-génocide et des séquelles découlant de la négation du crime génocidaire sur les survivants et leurs descendants; Ndoba Gasana, professeur de littérature africaine et premier président de la Commission des droits de la personne au Rwanda, consultant sur les droits de la personne pour l'ONU.

Contexte

host icon Hôte : Université de Montréal

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