Résumé du colloque
La Salicaire (Lythrum Salicaria L.) envahit depuis plusieurs années un immense pâturage communal situé à Baie-du-Febvre, sur la rive sud du lac Saint-Pierre. Ce pâturage, qui s'étend sur une longueur de huit milles et sur une largeur moyenne d'un mille, est entièrement inondé tous les printemps par le gonflement des eaux du lac. Comme les eaux se retirent tardivement en juin, le sol s'égoutte difficilement. La Salicaire occupe actuellement les deux tiers de la superficie de ce pâturage sur lequel, pendant quatre à cinq mois, paissent de 1,400 à 1,800 unités animales. Les essais suivants d'éradication et de destruction ont été poursuivis depuis 1943 :
a) Fauchage.
Au moyen d'un sécateur, la Salicaire a été coupée à trois pouces de hauteur à des stades différents de croissance : préfloraison, début de la floraison, tige principale à demi-floraison, tige principale de 75% à 100% de floraison et postfloraison. Seuls les fauchages avant et au début de la floraison permettent d'épuiser la Salicaire et de restreindre son développement. A ces phases de la croissance, le fauchage ne favorise pas l'émission de nouvelles tiges. Au point de vue pratique cependant, les monticules formés sur le terrain par les racines de la Salicaire obligent à exécuter le fauchage à une hauteur de sept ou huit pouces lorsqu'on utilise une faucheuse mécanique. Un grand nombre de feuilles demeurent alors à la base de chaque tige, et ces feuilles continuent le travail de la photosynthèse, ce qui favorise de nouveau la croissance de la Salicaire. Pour obtenir un certain résultat au moyen des fauchages, il faudrait tout d'abord trouver un moyen mécanique qui permettrait le nivellement du terrain en faisant disparaître tous les monticules formés par les touradons ou "tête de femmes".
b) Plantes étouffantes.
En 1945, des semences de deux graminées fourragères, l'agropyre à crête (Agropyron cristatum (L.) Beauv.) et le phalaris (Phalaris arundinacea L.) furent épandues entre les touffes de Salicaire. Ces deux espèces demeurent encore sous observation. Le phalaris, toutefois, est plus prometteur et nettement supérieur à l'agropyre dans un tel milieu.
c) Façons culturales.
Labour : Sur une demi-arce de terrain, un labour de six à huit pouces de profondeur et de douze à quatorze pouces de largeur a été fait. Ce labour a aggravé la situation, favorisant la multiplication de la Salicaire par la division des touffes de racines. Il a eu pour autre inconvénient d'enterrer plus profondément la Salicaire et de rendre son extraction plus difficile. — Herse à disques : Appesantie d’une surcharge, la herse à disques a exécuté deux disquages sur le terrain précédemment labouré. Cet instrument n’a pas réussi à trancher ou à morceler les parties souterraines fibreuses de la Salicaire. — Multi-disque : Sur une acre de terrain, nous avons fait une demi-jachère en exécutant trois disquages avec une machine spéciale, le multi-disque (one-way-disc). Ces disquages ont été effectués le 24 juillet et le 5 août dans le sens des labours, et le 10 août en travers des guérets. On estime que ces trois disquages ont détruit environ 80% de la Salicaire. Malgré cet excellent résultat, trois facteurs entravent le travail du multi-disque et l'empêchent de donner un rendement efficace et économique : le mauvais égouttement du sol, la végétation élevée de la Salicaire et les protubérances de terrain que forment les racines de la Salicaire. De plus, le multi-disque ne peut détruire la Salicaire en une seule saison. Après avoir pratiqué la culture nue pendant deux saisons, il faudra redonner de la verdure au sol au moyen des semis, ce qui devient un tout autre problème dans les conditions particulières du milieu.
d) Herbicides.
Depuis 1945, nous avons fait l'essai de trois produits chimiques : le chlorate de soude, le sulfate d'ammonium et le 2,4-D. Ces herbicides, dilués dans l’eau, furent appliqués à diverses concentrations et à des stades différents de croissance de la Salicaire. Après deux années d’essais, le chlorate de soude et le sulfate d’ammonium, à des concentrations de 10%, 7.5%, 5%, 3% ou 2%, se sont montrés effectifs pour la destruction de la Salicaire. Nous n’avons pas observé de différence significative dans les résultats entre les diverses concentrations d'un même produit. C’est au commencement de la floraison que la Salicaire est le moins résistante aux essais de ces deux herbicides. A ce stade de croissance, de 80% à 90% de la mauvaise herbe fut détruite par le sulfate d'ammonium, et de 60% à 70% par le chlorate de soude. D'autre part, un très fort pourcentage de plantes fourragères indigènes furent aussi détruites sur ces deux séries de parcelles. En 1947, un nouveau produit, le 2,4-D, a été mis à l'essai. Nous poursuivons des expériences avec différents types de ce produit. Il faudra quelques années d’essais et d’observations avant d’obtenir des conclusions définitives sur l’emploi du 2,4-D pour la destruction de la Salicaire. Les herbicides donnent un espoir d’arriver à des résultats pratiques.
1 Ann. Acfas, 10 : 112-113; 11: 106.
Contexte

Hôte :
Université Laval