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Glottophagie coloniale, génie militaire et traduction : cas de la Description de l'Afrique de Hassan Ben Mohammed el-Wazzân ez-Zayyâti dit Léon l'Africain

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Houria Daoud-Brikci

Résumé du colloque

La Description, rédigée en Arabe en 1525 par Hassan/Léon l'Africain, est traduite 1550 en Italien dans des circonstances exceptionnelles. Son pedigree et ses forces historisantes sont illustres: appartenant au genre canonique de la cosmographie, dont Venise était le centre de rayonnement, elle retrace la géographie physique et humaine ainsi que le vécu civilisationnel de l'Afrique et particulièrement sa formulation au Maghreb. Depuis, les nombreuses traductions de la Description ont véhiculé distorsions, clichés et caricatures sur cette partie de l'Afrique appelée Barbarie. En fait, ces derniers sont sous-tendus, de la Renaissance à nos jours, par cinq siècles de rapports de force et d'intérêts politiques et économiques antagonistes et inégaux entre l'Afrique et l'Europe, comme viennent le confirmer la dernière traduction française de 1956 et sa réédition en 1981, objets de notre propos. Celui-ci s'attache à décrire essentiellement le point de vue du rapport de force entre les langues et la tragédie de la dépossession linguistique. Loin du rationalisme de toute manière oppresseur de la théorie, le traducteur, médecin et Général de l'armée française, pur produit d'une histoire politique, oppose à la Description, à son auteur et à la langue arabe des percepts antithétiques. L'empire linguistique francophone construit, notamment dans la toponymie et l'onomastique, autour de 2831 notes infrapaginales sur 620 pages de traduction proprement dite, exile la Description, consommant son exclusion de la sphère arabo-musulmane et africaine tout en courtisant les thèses berbéristes mises en place par le système colonial pour diviser afin de régner. Le "festin" de Babel est ici cannibalesque, d'où le terme de glottophagie emprunté à Jean-Louis Calvet.

Contexte

host icon Hôte : Université McGill

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