pen icon Colloque
quote

Hollywood au miroir : reflets, jeux et mises en abyme dans The Player de Robert Altman

SM

Membre a labase

Sylvie Mathé

Résumé du colloque

The Player, film du cinéaste indépendant Robert Altman (1992), présente un miroir de Hollywood qui s'inscrit dans la grande tradition hollywoodienne du cinéma auto-réflexif (Sunset Boulevard, All About Eve, The Last Tycoon, The Day of the Locust, etc.), tout en la subvertissant. Récit fictif qui mêle personnages de fiction et quelques 55 vedettes de cinéma dans leur propre rôle (ou comme figurants à l'intérieur de films dans le film), The Player opère un brouillage des frontières entre réel et fiction, fondé sur une historicisation de la fiction et une fictionnalisation de l'histoire, à la manière de la série télévisée qu'il réalisa avec Garry Trudeau sur l'élection présidentielle de 1988, Tanner 88, ou de Zelig de Woody Allen (ou encore de certaines œuvres romanesques qui revisitent l'histoire, comme Ragtime et Book of Daniel de E.L. Doctorow ou The Public Burning de Robert Coover). Ce que The Player montre, c'est combien l'effet de réel produit par ces cameos conduit paradoxalement à une déréalisation du tableau, minant le réalisme de l'intérieur et aboutissant moins à une authentification qu'à une surmythification de l'univers décrit. Le regard sociologique, anthropologique, et quasi entomologique d'Altman dans The Player est caractérisé, d'autre part, par une visée satirique qui soulève la question de la réception d'une telle oeuvre. Pour Altman, " le 'méchant' dans ce film, c'est le public ", public qui applaudit à la démonstration sans se reconnaître dans le miroir satirique que lui tend le cinéaste. Refusé par toutes les majors, The Player s'est révélé un des grands succès de la saison. Construit sur un jeu de miroirs, le film fait de Hollywood la métaphore de la société toute entière, où l'argent est roi et l'art n'est qu'un alibi culturel. Vision cynique et décapante d'un Hollywood décadent vendu au sexe, à la violence et au cliché de la " happy end ", The Player joue du système et s'en joue, dans une mise en abyme de l'amoralité triomphante de l'usine à rêves convertie au pouvoir de l'argent. Altman nous offre ici un miroir de la réalité où éclatent son iconoclastie et son goût de la provocation, à travers un cinéma-témoin qui est aussi un cinéma-spectacle. La démarche de cette communication empruntera essentiellement à la sémiotique et à l'étude des codes (conventions hollywoodiennes, citations, variations scénaristiques - suites, remakes, etc. - mentionnées dans le film) et inscrira la réflexion dans le cadre plus large de la dimension d'auto-réflexivité caractéristique du post-modernisme.

Contexte

host icon Hôte : Université de Montréal

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :