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Houellebecq et Le jeu de la place du Vieux Marché

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Martin Robitaille

Résumé du colloque

Dans Extension du domaine de la lutte, le premier roman de Michel Houellebecq, le narrateur informaticien se retrouve, au début du chapitre trois, sur la place du Vieux Marché à Rouen, lors d'un « voyage d'affaires » en province. Il se demande « quel jeu se joue ici exactement », il observe les gens, mais surtout il « observe qu['il] est différent d'eux, sans pour autant pouvoir préciser la nature de cette différence. » Il semble atteint d'un mélange de dégoût et d'indifférence au monde, et pourtant, tout au long du roman il scrute les humains, analyse les banalités qu'ils échangent, élabore une théorie du libéralisme économique et sexuel, et nous donne ainsi à voir, « en écrivain », une nouvelle vision du monde. Étendre le domaine de la lutte, étendre le champ d'observation, tout en se disant soi-même inapte à se battre, inapte à vivre, n'est-ce pas là l'ultime position, mélancolique, qui empêche et permet tout à la fois l'écriture ? C'est à partir de cette position, de ce (non)lieu qu'écrit, par exemple, le narrateur-auteur du Livre de l'intranquillité. Dans le cas de Pessoa, cette impuissance mélancolique semble tourner à vide, même si la poésie qui se dégage de l'oeuvre est d'une force envoûtante. Chez Houellebecq, la mélancolie des personnages ouvre la scène d'un combat, d'une lutte à finir entre l'homme et le monde, entre cet « homme système », pris dans la société, incapable de dialoguer, et ce monde déshumanisé, désincarné, où les échanges ne se mesurent plus qu'en termes économiques et sexuels, où toute poésie semble exclue - d'une lutte, en fin de compte, entre le « je » et le « Vieux Marché », où le « je » doit reprendre la place laissée au Marché.

Contexte

host icon Hôte : Université du Québec à Montréal

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