pen icon Colloque
quote

« Je ne sais rien, mais je le dis quand même » : instabilité de la transmission narrative dans Avidité d’Elfriede Jelinek

SL

Membre a labase

Stéphane Larrivée

Résumé du colloque

Servant de titre à ma proposition, cette phrase troublante énoncée par le narrateur hétérodiégétique d’''Avidité'' montre d’emblée la position paradoxale de celui qui raconte l’histoire de ce roman. Omniscient par sa capacité à tout percevoir et à tout connaître, il avoue pourtant, à maintes reprises, son ignorance à propos de plusieurs éléments clés de la fiction qu’il raconte. Par ses constantes mises en doute qui diminuent considérablement la crédibilité de son récit, le narrateur prive le lecteur de toute certitude concernant l’histoire racontée et contraint explicitement celui-ci à accepter ses propos : « vous n’avez donc pas le choix, vous devez me croire sur parole ». Mais à défaut de savoir, le narrateur s’exprime : ses connaissances « trouées » sont contrebalancées par son omniprésence dans le récit. Ainsi, la voix qui raconte l’histoire exhibe constamment sa subjectivité à travers un tissu de commentaires et de jugements dans lequel se fond l’intrigue. Le narrateur fait donc preuve d’une autorité idéologique et axiologique paradoxalement plus élevée que son autorité narrative. À cette omniprésence du narrateur dans le récit s’ajoutent de multiples métalepses, adresses au narrataire et voix qui s’entremêlent, procédés qui tous, d’une certaine façon, tendent à mettre à distance l’histoire afin de revaloriser l’acte de narration. C’est cette insistance sur le caractère médiat de la narration qui, selon moi, ferait d’''Avidité'' un roman « artificiel ».

Contexte

host icon Hôte : Université de Montréal

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :