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La constitution d'un sujet poétique féminin dans le discours pétrarquiste de l'école lyonnaise : Pernette du Guillet

RG

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Ruth Gantert

Résumé du colloque

Dans A Room of One's Own, Virginia Woolf imagine le sort de la sœur de Shakespeare, qui aurait été dotée d'un talent égal à celui de son frère, mais que la société aurait empêchée de s'exprimer en lui déniant la formation, le temps, l'argent et l'espace nécessaires à la créativité. Or, à toutes ces barrières extérieures s'ajoutent les règles de la tradition littéraire qui ne prévoit pas de sujet de l'énonciation au féminin. Si, dans la France du XVIe siècle, on trouve bien quelques poétesses, comment ont-elles réussi à prendre la parole dans le cadre du discours pétrarquiste qui assigne à la femme le rôle muet d'objet adoré ? La question sera abordée à travers deux poésies, de Maurice Scève (Délie, 378) et de Pernette du Guillet (Rymes, 6). Les deux dizains qui présentent le même schéma de rimes mettent en scène un je lyrique qui s'adresse à un tu en formulant une requête. Le poème de Scève joue sur des ambiguïtés de syntaxe et de vocabulaire typiques pour le poète lyonnais. Il a recours à un réseau d'allusions savantes pour comparer la femme à deux figures de la mythologie, évoquées dans la fonction de rendre immortel le sujet masculin. La poésie de Pernette du Guillet sera lue comme une réaction à cette manière de concevoir le rapport entre le poète et sa Délie. Sous l'apparente humilité que profère la jeune poétesse à l'égard de son « maître », on relèvera des stratégies de subversion qui tendent à transformer le « pacte » inégal du canzoniere pétrarquiste en une relation strictement symétrique entre homme et femme, et qui amènent le sujet féminin à s'attribuer, comme une évidence, le droit à la parole poétique.

Contexte

manager icon Responsables :
Isabelle Boisclair
host icon Hôte : Université du Québec à Montréal

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