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Résumé du colloque
La politique de développement mise en œuvre en Algérie depuis quarante ans a entraîné une profonde transformation des structures sociales, économiques et spatiale cristallisée par une urbanisation massive et rapide (60 % de la population vit en zone urbaine contre 25 % en 1962). Ce développement volontariste relevant d’une logique technocratique a ignoré la question écologique. « Construire des villes » a surtout consisté en une programmation de logements et d’équipements sur des espaces considérés comme disponibles. Le rapport à la nature, à l’environnement n’a jamais été pensé et est d’ailleurs complètement absent des discours politiques comme de la pratique des « experts du développement », des responsables de l’aménagement des villes et des élus locaux. Paradoxalement, c’est à partir des régions sahariennes que la question écologique émerge en devenant au centre des préoccupations des différents acteurs de ces territoires. En effet, la forte urbanisation qui caractérise les oasis du Sahara (le taux d’urbanisation y est supérieur à la moyenne nationale) fait que le rapport entre le développement et l’environnement revêt une acuité particulière. Gestion de l’eau et maîtrise de l’espace sont inséparables de la question du devenir de ces villes. L’organisation oasienne traditionnelle est fondée sur un équilibre environnemental fragile : l’eau, le sable (les dunes) et les cultures (la palmeraie). La dureté du climat, la nécessaire maîtrise de l’eau, la lutte permanente contre les ensablements obligent à une savante combinaison entre les facteurs naturels et humains qui prennent forme à travers un système sociohydrolique qui aujourd’hui est remis en cause. El Oued, capitale du Souf, située en plein cœur de l’erg oriental, est une illustration forte de ces mutations et de l’émergence de la question écologique. Contrairement à d’autres oasis où l’urbanisation provoque un manque d’eau, c’est le trop plein d’eau qui caractérise El Oued. L’eau des forages albiens, solution adoptée pour l’irrigation des palmeraies et l’alimentation en eau domestique, est en grande partie reversée dans la nappe phréatique qui remonte dangereusement et a pour conséquence de noyer les palmeraies et de menacer la ville entière. A cela se rajoute la destruction des dunes, liée à l’expansion urbaine, et de leur rôle protecteur contre les vents de sable. Ces nouvelles donnes écologiques ont atteint une telle ampleur qu’elles focalisent l’action des différents acteurs locaux et institutionnels : la question de l’eau est appelée « le phénomène ». La remontée des eaux est devenue obsédante et a des implications nombreuses sur la vie locale : organisation de la trame urbaine, développement d’une spéculation foncière, mobilisation associative exceptionnelle en Algérie pour ce type de question. Le cas des villes sahariennes est exemplaire. Rarement en Algérie la question écologique n’aura autant attiré l’attention. Il oblige à penser le rapport environnement et société et à une remise en cause de la vision technocratique pour qui l’espace, comme support des activités, doit être aménagé en fonction des impératifs du développement. Il montre que l’objet « nature » est un enjeu de société qui participe pleinement à l’élaboration de stratégies sociales (El Oued n’est pas unique). Enfin il invite les sciences sociales en Algérie à intégrer la dimension écologique pour comprendre la société et son devenir.
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