Résumé du colloque
Cette petite Cyperacée des grèves halophytiques, ballottée périodiquement du genre Scirpus au genre Eleocharis, est une plante rare au Canada et partant dans la province de Québec, malgré que la carte publiée par Svenson en 1934 indique un grand nombre de localités aux États-Unis de l’est à l’ouest. La plante de l’ouest toutefois est tenue à part sous le nom de var. anacheta (Torr.) Svenson. Ne considérons donc ici que le type, dont la distribution s’étend depuis Terre-Neuve jusqu’à Cuba, avec quelques localités dans la région des Grands Lacs.
Pour le Québec, les seules localités connues d’Eleocharis parvula sont les suivantes : Cap-à l’Aigle, comté de Charlevoix, Macoun ; Notre-Dame-du-Portage, comté de Témiscouata, Victorin ; rivière Saguenay, Burgess (?) ; grèves du Saint-Laurent, près du cap Tourmente, Victorin et al. ; rivière Bonaventure, comté de Bonaventure, Fernald et al.
Ces localités, replacées dans l’ensemble de la distribution, indiquent donc : a) une plante de rivage de la côte atlantique, depuis le nord de l’Amérique du Sud, Cuba, la Floride, le golfe Saint-Laurent et Terre-Neuve ; b) quelques localités sur la côte pacifique, dont une douteuse au Japon ; c) un foyer secondaire de distribution dans la région des Grands Lacs.
Dans un article récent, Gilly émet sur la distribution de l’Eleocharis parvula des vues qui nous semblent un peu faciles de conception, à l’effet que les oiseaux et les transports marins auraient une grande part de responsabilité dans la distribution de cette Cyperacée qui est à la fois européenne, nord et sud-américaine, et qui se trouve à l'état isolé en Asie orientale. Cette explication pourrait un peu trop facilement servir pour toutes les distributions un peu étranges à première vue. Nous préférons nous servir de preuves glaciaires et géologiques. McLaughlin, d'ailleurs, a très bien justifié selon nous la présence dans la région des Grands Lacs d'éléments de la plaine côtière atlantique, même s'il en a exagéré le nombre. Les plantes mentionnées sont plus souvent des espèces secondairement de la plaine côtière atlantique, c'est-à-dire qui sont venues après coup s'installer sur la plaine côtière atlantique et se mêler aux éléments primitifs qui, eux, à peu d'exceptions près, n'existent jamais en dehors de la côte atlantique depuis le cap Cod jusqu'à la Floride, avec parfois des prolongements nordiques jusqu'à la Nouvelle-Écosse, les îles de la Madeleine et Terre-Neuve. Des espèces du type de Schizaea pusilla, par exemple, appartiennent à ce groupe, alors que d'autres comme Carex typhina, Carex Grayii, ont la plus grande partie de leur aire localisée dans la région des Grands Lacs, avec des poussées postérieures dans la région côtière. Fernald, dans un article récent, nous a enseigné très justement la prudence là-dessus.
Au temps de la mer Champlain, la flore de la plaine côtière atlantique a opéré certains mouvements de pénétration vers la région des Grands Lacs et, à la même époque, certains de ces éléments ont également fait un nouveau pas vers la vallée de l'Ottawa et les Laurentides de cette région, le long des voies d'eau disparues. Eleocharis Robbinsii et Utricularia resupinata, par exemple, appartiennent à cette catégorie.
A ce titre, il faudrait s'attendre à trouver l'Eleocharis parvula le long du système lac Champlain-rivière Richelieu, parce qu'habituellement les éléments appalachiens ou du centre des États-Unis qui ont pénétré dans la province de Québec à la période Champlain existent, pour les mêmes raisons, aussi bien le long du Richelieu que le long de la rivière Ottawa. Rhus Vernix, Gratiola lutea, Scirpus heterochaetus, Scirpus Torrey, Scirpus lineatus, pour s'en tirer à des plantes d'habitats humides, ont ce type de distribution.type de distribution.
Bibliographie : GILLY, Charle-Louis. The Status of Eleocharis parvula var. anachaeta (Torr.) Svenson. Am. Midl. Nat., 26 : 65-68. 1941. — GILLY, Charles-Louis. Notes on Geographical Distribution. I. Eleocharis parvula (R. & S.) Link. Am. Midl. Nat., 31 : 499-500. 1944. — FERNALD, M. L. Misinterpretation of Atlantic Coastal Plain species. Rhodora, 44 : 238-246. 1942. — McLAUGHLIN, W. T. Atlantic Coastal Plain Plants in the Sand Barrens of Northwestern Wisconsin. Ecological Monographs, 2 : 335-383. 1932. — SVENSON, H. K. Monographic Studies in Eleocharis. Rhodora, 31 : 168-171. 1929. Rhodora, 36 : 387. 1934.
Contexte

Hôte :
Université Laval