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La fosse du lac Wakeham, précurseur de la fosse labradorienne

JC

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J. Claveau

Résumé du colloque

Une série de roches sédimentaires que nous avons relevées sur la côte nord du Saint-Laurent et en particulier dans la région du lac Wakeham présente des caractères inusités et pose un problème sérieux de corrélation. Les roches de la côte nord du Saint-Laurent sont généralement reconnues comme étant d'âge Grenville. Elles sont fortement métamorphiques et extrêmement tourmentées et on ne les rencontre jamais sur de grandes étendues sans qu'elles soient associées à des roches intrusives surtout acides qui les recoupent de mille façons différentes et les injectent souvent de manière très intime. Or les roches de la série sédimentaire du lac Wakeham, laquelle s'étend à l'est et au nord-est du village de Havre-Saint-Pierre, possèdent des caractères principaux qui sont à l'encontre de ceux des roches de type Grenville. Le métamorphisme les a peu touchées ; elles forment de grands plis ouverts dont les axes, s'orientant un peu à l'ouest du nord, suivent pendant des dizaines de milles une direction qui demeure invariablement la même ; enfin on n'y retrouve, si ce n'est en bordure de la série, aucune roche granitique qui les recoupe. Dans son état actuel, la série couvre une largeur variant de vingt à trente milles et nous l'avons relevée à partir du littoral jusqu'à une distance de cinquante milles à l'intérieur. Bien qu'elle pénètre encore un peu plus loin vers l'intérieur, nous avons tout lieu de croire cependant que ce n'est pas sur une distance de plus de quelques milles. La série semble limitée de tous côtés par de grands amas de granite massif. Des masses plus petites de ce même granite se retrouvent à l'occasion parmi les roches sédimentaires des bords de la série. En général les roches n'ont souffert que peu de recristallisation. Par contre, en bordure immédiate des masses granitiques qui limitent la série, les sédiments possèdent des caractères métamorphiques nettement marqués. Un autre caractère bien spécial de la série est la présence parmi les lits sédimentaires d'innombrables filons de gabbro à olivine qui se sont infiltrés de façon concordante. Il ne semble pas que le gabbro ait en aucun endroit produit de métamorphisme dans les roches sédimentaires qu'il a envahies. Plus ancien que les granites en bordure de la série, il a été soumis par contre au même métamorphisme que les sédiments. En aucun endroit de la série trouve-t-on des lits tourmentés, des plissements compliqués, voire même des déviations appréciables de l'allure nord-nord-ouest des lits. Nos relevés sont encore incomplets et la série n'est vraiment bien connue que dans sa moitié occidentale. Dans cette moitié, on y a observé que la série forme deux grands plis ouverts, à savoir un pli synclinal dans la région du lac Wakeham et un peu à l'ouest un pli anticlinal dont l'axe coïncide presque avec la bordure occidentale de la série. Voici donc le problème posé : l'existence d'une série sédimentaire peu métamorphique et peu tourmentée dans une région qui jusqu'à maintenant nous avait présenté des roches extrêmement métamorphiques et du type Grenville. Devons-nous croire que nous sommes en présence d'un cas bien extraordinaire où un groupe fort imposant de roches aurait échappé aux puissants agents qui ont affecté les roches du type Grenville au point de les rendre souvent méconnaissables, ou devons-nous chercher une solution ailleurs? Comme cette série de roches forme une bande s'allongeant vers le nord-nord-ouest et plissée selon des axes qui ont la même direction, ne serait-il pas possible de croire que ces roches reposent dans une fosse de sédimentation qui se serait formée et remplie après la révolution laurentionne? Nous savons qu'il existe dans la partie orientale du bouclier canadien de fortes zones sédimentaires représentant de grandes fosses qui s'orientent de façon générale du nord au sud et qui furent comblées au cours de la période huronienne. Or, fait bien frappant, on s'aperçoit en étudiant la carte géologique du Québec que la fosse, que nous proposons et que nous appellerons la fosse du lac Wakeham, semble posséder une parenté tectonique bien nette avec la fosse du Labrador. Une fosse de l'amplitude de la fosse labradorienne est évidemment l'expression d'une zone de faiblesse dans la croûte terrestre et il est bien certain que cette zone de faiblesse ne se limite pas en direction longitudinale aux extrémités nord et sud de la fosse, mais qu'elle se prolonge au contraire sur de grandes distances. Or, c'est en prolongeant cette zone de faiblesse de quelque trois cents milles vers le sud-sud-est qu'on se trouve en face de la fosse du lac Wakeham sise bien carrément dans le prolongement de la zone qui contient la fosse labradorienne et s'orientant de façon bien identique vers le nord-nord-ouest. L'argumentation se résume donc à ceci : nous sommes en présence d'une série sédimentaire qui n'a aucun des caractères des autres roches de la région. Elle forme une zone s'allongeant vers le nord-nord-ouest qui suggère que les formations reposent peut-être dans une fosse de même orientation. Qu'une telle fosse existe est non seulement plausible mais logique parce qu'elle est sise de fait dans le prolongement de la zone de faiblesse de la croûte terrestre qui renferme la grande fosse du Labrador. Les roches qui remplissent cette dernière sont peu métamorphiques et modérément plissées telles que le sont les roches de la série du lac Wakeham, ce qui encore confirme la parenté tectonique entre les deux fosses. Si les roches de la fosse labradorienne datent de la période huronienne, on serait porté à croire que la série du lac Wakeham est du même âge. Toutefois, certains faits nous interdisent de faire pour le moment un rapprochement aussi simple. Tout d'abord on ne retrouve pas dans la fosse du lac Wakeham la variété lithologique qu'on retrouve au Labrador. En deuxième lieu, et ceci est peut-être beaucoup plus sérieux, on ne semble pas retrouver dans la fosse labradorienne les grands massifs granitiques qui recoupent la bordure de la fosse du lac Wakeham. Faut-il croire que l'invasion granitique fut de caractère local ou doit-on considérer la fosse du lac Wakeham comme plus ancienne que la fosse labradorienne, quoique bien nettement postérieure à la révolution laurentienne? Il est possible en effet que la grande zone de faiblesse nord-nord-ouest, dont le développement a dû être graduel et très long, ait eu sa première expression dans la région du lac Wakeham bien avant la période huronienne et que la fosse du Labrador ne se soit formée que plus tard. Si tel est le cas, on pourrait dire que, dans une certaine mesure, la fosse du lac Wakeham fut le précurseur de la grande fosse du Labrador.

Contexte

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Minéralogie et géologie
host icon Hôte : Université Laval

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Titre du colloque :

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