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La question de l'encyclopédie à l'ère du Web : pour une encyclopédie philosophique hypertextuelle

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Pierre Lévy

Résumé du colloque

Toute encyclopédie implique un certain type de rapport au savoir. Une encyclopédie suppose un régime - historiquement conditionné - de production et de "consommation" des informations. Elle s'appuie sur des techniques - tout aussi variables dans le temps - d'enregistrement, de classement et de recherche des informations. Une encyclopédie suppose également un certain projet. Ce peut être un projet de puissance (centré sur le pouvoir politique), d'aspiration à la sagesse (théocentré), un projet d'émancipation (anthropocentré), de citoyenneté (centré sur la communauté), un projet de performance économique, ou autre. Quel projet encyclopédique peut-on formuler aujourd'hui, à l'heure où le mode de production et d'usage des connaissances comme les outils matériels de gestion et de communication des informations sont en transformation radicale ? Nous devons probablement partir du fait massif de la croissance exponentielle d'une immense base de donnée coopérative semi-amorphe de dimension planétaire, le web, et réfléchir aux différentes manières d'en organiser la synthèse et la structuration. A mon sens on peut envisager plusieurs modèles novateurs, c'est-à-dire adaptés à la nouvelle économie politique du savoir. L'un d'eux consiste à structurer cette base de données par les navigations, les chemins d'apprentissage ou les intérêts des navigateurs, que cette structuration soit centrée sur un individu ou une communauté. C'est la voie qui a été explorée par le projet des arbres de connaissances ainsi que par U-Map de Trivium SA, et dont l'origine intellectuelle se trouve dans un article sur la "cosmopédie" qui envisageait une structuration automatique du cyberespace par les actes qu'y accomplissaient ses usagers. Mais bien d'autres voies peuvent être explorées. Par exemple, il serait possible de structurer a priori (et non plus par l'usage) des noyaux de connaissance fixes et d'utiliser ces noyaux comme des "roses des vents" ou des boussoles pour s'orienter sur le Web. Mais la fixité rassurante de ces noyaux au milieu de l'océan mouvementé du cyberespace doit avoir une contrepartie en ouverture et en impartialité. Je suppose donc que, dans ces noyaux, l'on n'ait pas organisé la connaissance de façon arbitraire mais que chaque information soit disposée par rapport aux autres de sorte que : premièrement, ses liens avec toutes les autres soient évidents; deuxièmement, chacune soit virtuellement centrale. Si nous atteignions ce résultat, nous aurions contribué à inventer un nouveau type de systématicité, un mode d'organisation des connaissances adapté à l'univers hypertextuel en expansion qui est la nouvelle patrie de l'intelligence. Une première approche d'un tel projet, baptisée "Encyclopédie philosophique hypertextuelle" sera exposé au colloque "Création, diffusion et utilisation du savoir à l'ère des réseaux". Cette encyclopédie sera intrinsèquement hypertextuelle, iconique et interactive: une sorte de Yi-King du vingt et unième siècle. Elle est prévue dès sa conception pour être consultée de manière interactive sur le World Wide Web. Elle pourra servir de plate-forme d'orientation et d'indexation pour des recherches en philosophie et en sciences humaines. Elle pourra également être utilisée comme support à des activités pédagogiques, comme aide à la conception dans divers domaines, etc. Dans une seconde phase de sa réalisation, plus ambitieuse, l'encyclopédie pourrait se présenter sous la forme d'un monde virtuel "intelligent", capable d'aider ceux qui la consultent à se repérer dans un espace conceptuel et à expliciter questions et problèmes. Chacune des interrogations pourrait être enregistrée et alimenterait ainsi une mémoire collective en expansion constante de plus en plus raffinée. En principe, la structure d'un hyperdocument n'est pas linéaire mais réticulée. Son organisation en réseau autorise plusieurs parcours légitimes, c'est-à-dire plusieurs commencements et plusieurs fins. Si l'on veut tirer toutes les conséquences du principe de l'hypertexte pour la philosophie on aboutit à l'idée, simple mais puissante, que n'importe lequel des concepts d'une philosophie hypertextuelle doit pouvoir servir de fondement ou d'origine pour tous les autres concepts. Il en découle logiquement que tous les concepts d'une démarche philosophique hypertextuelle s'impliquent réciproquement. Plutôt que d'utiliser les possibilités de l'hypertexte pour dispenser mon encyclopédie philosophique d'une architecture stricte, j'ai décidé de prendre l'implication réciproque comme une contrainte formelle forte et de concevoir une organisation conceptuelle rigoureuse, fondée sur une idéographie de type combinatoire. Dans l'Égypte ancienne, le Dieu de chaque métropole est pensé comme l'auteur de l'univers, les Dieux des autres villes étant souvent considérés comme ses hypostases ou manifestations particulières. On peut faire l'analogie avec ce système de l'immanence dont chaque pli, chaque figure, chaque concept, peut être pensé comme enveloppant tous les autres.

Contexte

manager icon Responsables :
Michel Prévost
host icon Hôte : Université d’Ottawa

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