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La rayure de Buren comme légisigne : passage du tableau à l'outil visuel

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Patrice Loubier

Résumé du colloque

La genèse et les enjeux de l'oeuvre in situ de Daniel Buren peuvent être éclairés de façon originale par l'analyse d'un détail problématique de son "outil visuel" (i.e. les rayures verticales blanches et colorées que l'artiste emploie de façon exclusive) : les bandes blanches des bords des tissus ou autres matériaux qu'il utilise sont le plus souvent recouvertes de peinture blanche. Les commentateurs de l'oeuvre voient dans cette adjonction de peinture la préservation d'un lien avec la sphère picturale, mais n'ont pas interrogé son caractère proprement tautologique (l'intervention réitérant en effet la couleur déjà présente sur le support). Or, ce caractère tautologique s'avère crucial pour saisir comment l'artiste passe d'une discipline artistique spécifique (la peinture) à une pratique générique de l'art, passage qui constitue un phénomène majeur dans l'art des années 60 et qu'ont analysé T. De Duve et R. Krauss. Buren "dépasse" ainsi la peinture sans rompre totalement avec elle, en négociant une spécificité inédite pour le pictural, et les bandes blanches peintes en blanc de l'outil visuel ne sont pas autre chose que l'articulation et la trace de cette dialectique. Tout à la fois différentes des rayures non peintes du support et similaires à elles par leur aspect, elles accusent le caractère ready-made du matériau tout en subsumant cette homogénéité dans "picturalité élargie". La rayure devient ainsi un légisigne (cf. Charles S. Peirce), une forme indépendante des modalités d'exécution spécifiquement picturales, qui se prêtera par son économie à sa mise en scène installative dans les lieux d'exposition.

Contexte

manager icon Responsables :
David Karel
host icon Hôte : Université Laval

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