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La réception critique des Comptes amoureux de Jeanne de Flore

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Diane Desrosiers-Bonin

Résumé du colloque

Quand on considère l'ensemble des textes français écrits ou traduits par des femmes, ou encore attribués à des femmes, au XVIe siècle, et les commentaires critiques qu'ils ont suscités à travers les siècles, un premier constat s'impose : l'absence, sinon la rareté, des ouvrages portant spécifiquement sur ces écrits et offrant un panorama de l'activité scripturaire des femmes de lettres à la Renaissance. Outre le livre récent de Madeleine Lazard et celui d'Évelyne Berriot-Salvadore, qui tous deux couvrent un domaine plus large que la seule sphère littéraire, il n'existe pas, en effet, à notre connaissance, de synthèse détaillée consacrée entièrement aux « écrivaines » du XVIe siècle : Marguerite de Navarre, Marie d'Ennetières, Hélisenne de Crenne, Pernette du Guillet, Louise Labé, etc. On arrive à la même conclusion, si l'on cherche une étude abordant les pratique d'écriture ou les dimensions proprement esthétique, poétique ou rhétorique des textes féminins de la Renaissance française. Alors que les ouvrages traitant de ces aspects dans la littérature féminine de langues italienne et anglaise se font de plus en plus nombreux depuis le début des années 1990, il n'en va pas de même du côté de la production francophone. Toutefois, bien que l'on ne dispose toujours pas de vue d'ensemble ni de bilan synthétique, on assiste depuis une vingtaine d'années à la redécouverte des textes composés par des femmes. Les monographies spécialisées analysant des corpus définis, et les éditions critiques plus particulièrement, se multiplient. Les « Comptes amoureux » de Jeanne Flore (153?) n'échappent pas à cette prolifération de gloses savantes. En effet, le cas des « Comptes amoureux » est exemplaire de la réception critique qu'ont connue les écrits féminins du XVIe siècle et de l'accueil plus que mitigé que l'on a réservé aux textes considérés au cours des siècles, en fonction des paramètres du canon français, comme des minores. Dénigrés d'emblée, à l'instar des « Angoysses douloureuses » d'Hélisenne de Crenne ou des « Advis » de Marie de Gournay, en raison de leurs caractéristiques stylistiques particulières (expression qualifiée d'ampoulée, développements échevelés) les « Comptes amoureux » ont d'abord soulevé de nombreuses interrogations quant à la maternité ou paternité de l'œuvre. En effet, c'est toute la question de l'« authorship » (au féminin ? au masculin ? unique ? multiple ?) qui s'est posée et qui demeure une énigme, en dépit des innombrables hypothèses formulées depuis les vingt dernières années. Mais c'est vraiment l'édition critique établie en 1980 par Gabriel-André Pérouse et son équipe de Saint-Étienne qui a donné le coup d'envoi aux travaux critiques. Des études de bibliographie matérielle aux applications des « gender studies » en passant par la sémiotique corporelle et l'analyse des finalités rhétoriques du texte, nous suivrons la trajectoire critique des « Comptes amoureux », emblématique en quelque sorte des grands courants de la critique moderne et qui en actualise plus que jamais les enjeux.

Contexte

host icon Hôte : Université Laval

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