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La seconde peau vestimentaire et scripturaire : regard sur l'autobiographie leirisienne

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Sylvie Boyer

Résumé du colloque

Dans les textes de Michel Leiris, l'omniprésence des questions liées au corps, à la peau et à la nudité s'allie au dévoilement - mise à nu psychique - que pose d'emblée l'acte autobiographique. Toutefois, de façon paradoxale, parmi les thématiques importantes que renferme l'oeuvre autobiographique de Michel Leiris, le vêtement tient une place fondamentale et insoupçonnée. Que ce soit par l'abondance des descriptions vestimentaires ou par la fréquence des détails qui se rapportent de façon précise à la question du vêtement et de l'élégance vestimentaire, les textes leirisiens témoignent de la part du narrateur-autobiographe d'une préoccupation quasi maniaque concernant l'habillement et l'apparence corporelle. Par ailleurs, en lisant Leiris, on se rend compte que l'écriture elle-même, ne serait-ce que par son «esthétisme» et son exubérance, peut-on dire, forme une sorte de voile, de «vêtement psychique», qui semble envelopper l'énonciation. À cette problématique, nous posons l'hypothèse suivante: ce souci extrême qu'accorde l'autobiographe à la question vestimentaire est symptomatique d'une angoisse liée non seulement à la peur de la nudité psychique, mais également au corps. En effet, chez Leiris, la peau présente des défaillances auxquelles répondent également des déficiences psychiques. En nous référant aux fonctions de la peau et du «Moi-peau» (Anzieu, D.) nous constatons que, chez cet auteur, trois d'entre elles présentent des défauts plus ou moins importants, soit: la fonction limitative, contenante et soutenante. Selon nous, ces failles sont principalement liées à une défaillance du maternel. La carence d'un projet support qui, normalement, détermine l'inscription d'une faculté de contenance, de même que celle du holding (Bick, E.; Winnicott, D.W.) expliquerait donc l'obligation pour l'autobiographe de recourir à une seconde peau substitutive. Or, telle est notre conclusion, le vêtement et, aussi, l'écriture permettent justement, chez Michel Leiris, la formation de cette seconde peau substitutive. Le vêtement et l'écriture assurent une délimitation, une protection, une contenance et un maintien corporels et psychiques que la peau, elle, arrive mal à exercer. Ainsi, la seconde peau vestimentaire et scripturale constituent donc chacune à leurs manières cet objet support manquant. À cet égard, le ruban noir ornant le corps nu d'Olympia (Leiris, Le ruban au cou d'Olympia) qui, chez Leiris, est à la fois tissu et écriture, en constitue le symbole par excellence: véritable métaphore de l'autobiographie leirisienne.

Contexte

manager icon Responsables :
François Dumont
host icon Hôte : Université Laval

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